Spirale ascendante

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Présentation

  • : Alchimie du verbe; tentatives d'ouverture aux interstices
  • : philosophie
  • : Une relation (un rapport au monde, aux êtres et aux choses) qui demeure en définition... Quelques délires... aussi. Des bêtises on croira...-- entre lesquelles, pourtant, quelques pépites... Bref... ici sont posées certaines choses qui me passionnent, qui me touchent. Un petit atelier de chercheur de vérités-- si l'on peut parler de "vérités". Du spontané plus que du fini. Mais cela dépend... Bonne lecture !
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Texte libre

 

      Du lire et de l'écrire

 

  "De tout ce qui est écrit, je n'aime que ce qu'un homme écrit avec son sang. Avec du sang écris, et tu apprendras que sang est esprit.

Il n'est guère facile d'entendre le sang des autres: d'oisifs lecteurs me sont odieux.

Qui connaît le lecteur, pour le lecteur celui-là plus rien ne fait. Encore un siècle de lecteurs -et l'esprit même sera puant.

[...] En montagne, de cime en cime va le plus court chemin; mais pour le prendre il faut avoir de longues jambes. Que cimes soient les sentences, et ceux auquels on parle grands et altiers!

L'air rare et pur, proche le danger et l'esprit plein d'une joyeuse malice: comme tout cela ensemble s'accorde bien!

Autour de moi je veux avoir des farfadets, car je suis courageux. Courage dont s'effarouchent les spectres lui-même se crée des farfadets, -le courage veut rire.

Plus ne sens avec vous; ces nuées qui au-dessous de moi s'offrent à ma vue, ces choses noires et pesantes dont je me ris, -précisément ce sont vos nuées d'orage.

En haut vous regardez quand de hauteur avez envie. Et je regarde en bas car je me tiens sur les sommets.

Qui de vous tout ensemble peut rire et se tenir sur les sommets?

Qui gravit les plus hautes cimes se rit de toutes les tragédies jouées et de toutes tragédies vécues.

Courageux, insouciants, railleurs, brutaux, -tels nous veut la sagesse; c'est une femme et qui jamais n'aime qu'un guerrier.

Vous me dites: "La vie est pesante à porter." Mais pourquoi donc auriez-vous avant midi votre fierté, et le soir votre soumission?

La vie est pesante à porter; mais ne soyez donc si délicat ! Nous sommes tous de jolis ânes et de jolies ânesses aux reins solides.

Qu'avons-nous en commun avec le bouton de rose, qui frémit dès qu'une goutte de rosée pèse sur son corps?

C'est vrai; si nous aimons la vie, ce n'est par habitude de vivre, mais c'est par habitude d'aimer.

Il est toujours quelque délire dans l'amour. Mais toujours aussi il est quelque raison dans le délire.

Et moi-même, qui bien m'entends avec la vie, il me semble que papillons et bulles de savon, et tout ce qui parmi les hommes est de leur sorte, de l'heur ont le mieux connaissance.

Ces petites âmes légères, folles, élégantes, mobiles, à les voir qui voltigent  -Zarathoustra est entraîné aux larmes et aux chants !

Je ne croirais qu'en un dieu qui à danser s'entendît !

Et quand je vis mon diable, lors je le trouvai sérieux, appliqué, profond, solennel : c'était l'esprit de pesanteur -par qui tombent toutes choses.

Ce n'est par ire, c'est par rire qu'on tue. Courage ! Tuons cet esprit de pesanteur !

J'ai appris à marcher; de moi-même, depuis, je cours.

J'ai appris à voler; pour avancer, depuis, plus ne veux qu'on me pousse !

Maintenant je suis léger, maintenant je vole, maintenant me vois au-dessous de moi; par moi c'est maintenant un dieu qui danse.

     Ainsi parlait Zarathoustra."

 -Nietzsche-

Vendredi 21 avril 2006

 Les textes des grands philosophes recèlent parfois des phrases excessives, voire inadmissibles. Ainsi cette déclaration d’une rare violence, écrite par Nietzsche dans sa dernière œuvre achevé, L’Antéchrist (1888).

 Ecart sans excuse ou provocation salutaire ?

 

 

  Cette formule a inspiré à François Mauriac une scène savoureuse, dans Le Baiser au lépreux, paru en 1922. Le héros, Jean Péloueyre, est si laid que son entourage le rejette. Fils de bonne famille, il vit en reclus dans la maison de son père. Sa santé est médiocre, il est hypocondriaque. Lorsque Jean Péloueyre tombe par hasard, en ouvrant un recueil de morceaux choisis de Nietzsche, sur cette condamnation sans appel des « ratés » et des « faibles », il se sent meurtri. Il a l’impression que le philosophe allemand en a après lui. Car il se sait « voué au néant », condamné « au célibat et à une mort prématurée ». La phrase de Nietzsche le renvoie à ses échecs.

 

  « Périssent les forts et les ratés ! Et il faut même les y aider ! » Nietzsche pensait-il sérieusement qu’il fallait éliminer de la surface de la Terre tous les faibles –les indigents, les malades, les handicapés- pour ne laisser vivre que le meilleur de l’espèce ? Une interprétation aussi littérale du passage de L’Antéchrist serait abusive.  Le véritable ennemi de Nietzsche, c’est la morale chrétienne. « Périssent les faibles et les ratés ! », ce n’est pas là l’énoncé d’un programme, mais une inversion provocante du message du Christ : « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! Heureux les affligés, car ils seront consolés ! » (Mt,V,3).    Mais qu’ils périssent donc alors !...

 

   Parce qu’elles lui paraissent hypocrites, Nietzsche critique de façon radicale les valeurs morales du christianisme. Si les prêtres font l’apologie de supposées vertus, comme la pauvreté, l’humilité, l’obéissance, c’est, selon lui, pour mieux asservir la population. Pour convaincre leurs ouailles de renoncer à leurs rêves de grandeur, pour les priver de toute volonté de puissance et les encourager à obéir à leurs maîtres. Plus qu’aux ratés, c’est aux ecclésiastiques que le philosophe destine ses foudres. Ceux-ci les attirent en prêchant le dernier homme et en détournant les hommes du sens de la terre. En outre, il les soupçonne d’être faux et manipulateurs, de conseiller aux autres de ne pas jouir des bonheurs terrestres, sans s’appliquer à eux-mêmes leurs préceptes. L’Eglise est prospère, pourtant elle donne des leçons d’abnégation : comment ne pas s’offusquer d’un tel paradoxe ?

 

  « Périssent les faibles et les ratés ! » : bien sûr, le lecteur qui tombe sur cette formule, dès les premières pages de L’Antéchrist, peut considérer, à l’instar de Jean Péloueyre, qu’il fait lui-même partie du lot des médiocres visés par Nietzsche- et alors il se sentira aggressé. Ce ne serait là que symptôme d’une volonté de puissance défaillante. Bien entendu, un handicapé physique peut évidemment faire preuve d’une volonté de puissance forte. Car la phrase du philosophe est rusée : tonique, énergique, elle invite le lecteur à donner son assentiment, à se ranger implicitement aux côtés des forts, de ceux à qui sourit la réussite, car ils sourissent à la vie.  Pourquoi chaque individu, avec son amour propre bien placé, ne se sentirait-il pas au-dessus de l’espèce ?  Nietzsche invite le lecteur à se dépasser, à être dur et sans pitié vis-à-vis de lui-même comme des autres pour triompher de la mort et des illusions, à donner non par défaut mais par excès de puissance. A faire vivre en lui une danse pleine de vie et de sens, et à faire périr en lui ce qui gît, ce qui est mort, moribond plein de ressentiment, et qui fait obstacle à cette danse.

 

par Olivrdv publié dans : réflexion personnelle sur texte court
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Mercredi 29 mars 2006

 « On façonne les plantes par la culture et les  hommes par l’éducation » Rousseau.

 

        Cette citation de Rousseau extraite du début de l’Emile procède d’une analogie. La culture est aux plantes ce que l’éducation est aux hommes. Il y a effectivement une relation de ressemblance entre ce qui grandit et éduque les hommes et ce qui fait vivre et s’épanouir les plantes. Cette phrase renvoie à celle de Kant quand il nous indique que l’homme est semblable à un arbre dans une forêt. Pour grandir droit, il lui faut des tuteurs.

Ce « on » indéterminé est en effet la société dans son acception la plus large. Car l’homme est un être en devenir humain, et il ne s’humanise qu’en relation à ses pairs. La société constitue la terre, le ferment de son épanouissement. Mais comme chaque homme est une plante bien singulière, il lui est nécessaire, pour un épanouissement et une réalisation des plus adéquate, d’oxygène et d’espace qui lui convienne. Une culture trop serrée étouffe une plante comme des tuteurs, éducateurs, précepteurs trop rigides éteignent la flamme d’une singularité. Tout comme les plantes, pour ne pas qu’il se referme sur lui-même, avant même que de s’ouvrir, l’homme a besoin d’un milieu favorable à son épanouissement. Ce milieu doit le soutenir dans son aspiration à donner ses fruits, pour lequel il lui importe d’avoir un espace minimum vital d’air et de liberté, autant que le consolider. C’est-à-dire le fortifier dans le choix de ses proches et de son milieu, le conforter. Afin qu’il ne s’éparpille pas , qu’il ne meurre pas en devenant parasite. On façonne ainsi un homme quand on lui permet de se former. L’éducation est un moyen qui tend à être une fin, car on grandit toujours de manière plus ou moins droite, mais autant adroite que possible. On porte ses fruits qu’un jour on exporte, on apporte à la société qui nous environne. Une fleur qui s’ouvre et qui se donne à voir. Qui devient aussi, en même temps que fin, moyen pour autrui.

Car de fait, il y a un double processus d’éducation. Une perspective horizontale de partage. Un jeu de force, de relation, d’action et de réaction qui façonne le maître en même temps qu’il forme l’élève. La culture s’élève entre individus cultivés, l’éducation peut devenir, au summum de sa réciprocité, recréation. Parce que la plante libère ses graines.

Parallèlement, il y a une perspective verticale de croissance et d’éducation. Mais cette fois perspective qui se joue dans un rapport de soi à soi. Rapport qui se réalise ultimement dans l’épanouissement. Et, là aussi, l’individu retourne ses fruits, sa fleur, à la société qui l’a vu naître et éclore, qui fut une aide pour le devenir de son être.

La plante, l’individu épanouie -au plein sens du terme- n’a plus besoin de tuteur(s). Car c’est lui, dans sa majestueuse générosité, qui est devenu soutien. Il s’est acquis soi-même en tant que propre sujet. Sa sève, son sang, son encre est devenu sa propre volonté, l’expression de son individualité et la colonne vertébrale de son être.

Energie --puissance (formation, consolidation de l’énergie pure de l’être en devenir) –accomplissement comme autonomie.

par Olivier de V. publié dans : réflexion personnelle sur texte court
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Mercredi 29 mars 2006

« Et quoi que ce soit qu’on me raconte, je pense irrésistiblement que cela ne s’est pas passé comme ça » André Gide.

 

 

 

 

        Ainsi l’auteur de cette citation souligne sa méfiance, voire sa défiance, à l’endroit de la parole d’autrui. Ce « on », cet intrus qui s’introduit violemment dans sa subjectivité, et qui lui raconte des faits prétendument passés comme tel, lui fait « irrésistiblement », donc irrationnellement semble-t-il, déployer son implacable doute. Plus qu’un doute, un rejet.Est-ce le rejet irrationnel de l’inconnu, de l’étranger –qui pourtant donne à penser- en tant que tel, qui se trompe, malgré la vraisemblance de ses propos ? Propos qui dénotent la croyance en l’adéquation de ses dires à la réalité, donc qui ont un caractère vérace. Ou bien est-ce, plus profondément, le refus de la possibilité du raconter vrai objectif ?

« Pense irrésistiblement » mêle inextricablement le rationnel et l’irrationnel, l’ego cogito qui doute et celui qui subit l’objet  de ses doutes…

L’attitude semble trop dogmatiquement poussée pour y prétendre en tirer la part exacte de vérité et d’erreur. Même s’il y  a une certaine légitimité à prendre pour conte – donc à ne pas prendre à son propre compte (conte !)- ce que l’on raconte…

L’irréalité de l’imposture est néanmoins visible…, ce n’est là même pas un doute systématique, c’est bien plus –c’est symptomatique pourrait-on dire…-, c’est de rejet dont il s’agit, de cet agaçant « esprit de contradiction » dont fait preuve celui qui veut toujours avoir le dernier mot… A défaut d’être véridique –tout au moins.

Ce dogmatisme est dangereux, il témoigne d’une vaine prétention à vouloir tout vérifier, tout contrôler, tout maîtriser. Visée totalitariste.

Mais c’est humain peut-être dirons-nous ; trop humain sans doute que de vouloir ainsi hisser au sommet divin de l’indubitabilité son orgueil qui ne pourra que retomber… Orgueil atterré par la loi des sens… Loi de la terre qui remet à sa place et dans la réalité ceux qui, tel Sisyphe et son hybris (sa démesure), osaient prétendre atteindre l’idéalité de la réalité des dieux.

Notre condition est dans le sensible, c’est la caverne qui nous fait vivre et nous nourrit. C’est là le drame de ceux que la chair emprisonne, la liberté est dans la mort qui nous séduit…, victoire du spleen sur l’idéal… C’est aussi la liberté de l’Albatros…

Puisqu’il faut se résoudre à n’être pas dieu, contentons-nous en honnête homme de cultiver notre humain jardin. Attachons-nous modestement à cette tâche, en cultivant les sens, sans se déréaliser dans l’insensée idée que notre monde est le meilleur des mondes possibles…

Au fond, c’est bien la posture idéaliste difficilement tenable dans ce monde-ci qu’il s’agit de combattre.

Combattre la dualité de la réalité puisqu’il faut bien sauver les phénomènes… nécessairement  racontés ! C’est-à-dire médiatisés par le biais de la subjectivité.

L’idéalisme ici est un remède à la faiblesse, à la peur de l’altérité ! Acceptons pourtant cette altérité qui nous semble intruse ; cette inquiétante étrangeté, ne la rejetons pas !, puisqu’il faut d’abord en nous  la reconnaître… Le moi est un autre…, acceptons-le joyeusement et enrichissons-nous de lui, puisqu’il faut bien vivre…, et tâcher de danser … !

par Olivier de V. publié dans : réflexion personnelle sur texte court
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Mercredi 29 mars 2006

 

 

 

 

                Liberté, égalité, fraternité.

 

    Quels sont donc ces trois mots ? Correspondent-ils seulement au réel ? Reflet ou réalité ? 

    Ils semblent davantage briller d’un éclat indigne d’une caverne qui voit dans cette triade -ces ombres !- d’abord l’écho d’une réalité. Une réalité -à notre mal heur, sempiternelle- d’une teneur plus palpable, qui fait vivre et qui nourrit : Métro, boulot, dodo.

    Ou bien est-ce la victoire de l’idéal sur le spleen ? Victoire exprimée par des mots d’ordre scandés par une foultitude encore illusionnée ?  Triade qui fait vivre et qui rassure, qui console plus précisément, une multitude victime de son plein gré –une servitude volontaire…- d’un espoir pourtant désespéré.

    Car quelles compatibilités réelles entre la liberté et l’égalité ? Egalité dans une liberté idéale ? Qui ne reste qu’idéelle  dans l’égalité conçue par et dans notre abstraite humaine condition, trop humaine… ?  Et chacun de s’en faire sa petite, plus ou moins médiocre, idée… Idée qui procède d’un strict et lucide matérialisme ou d’un idéalisme des plus illusoires. C’est dire que du fatalisme, au fond peut-être le plus sage, de l’assentiment à la nécessité, à l’absolue illusion naïve d’une totale liberté d’action, de parole et de pensée, chacun,entre ces deux pôles, façonne idée à son pied… Puisqu’il faut bien marcher !

    Ou bien faut-il discerner la liberté dans l’idée même –idée pourtant tant martelée- d’égalité ? On va alors reléguer là la trop audacieuse et liberticide égalité à son juste statut. Juste mais bien faible statut, car factice, que celui prétendu de droit ! Qui n’est finalement que la force instituée du bon côté, de son côté naturel, celui des « plus égaux »…

    Ainsi l’égalité, de fait vaine prétention pour qui entend sauvegarder la liberté, se trouve réduite à l’égalité des droits. Ce qui certes n’est pas rien, mais qui s’avère insuffisant, voire impuissant à infléchir le réel qui est tout autre. 

    Et la fraternité, ce mot d’ordre à quoi est-il bon, celui-là ? Sans doute n’est-il que pour adoucir l’impossible compatibilité de fait de la liberté et de l’égalité. Impossible compatibilité pour qui entend bien ne pas appesantir l’exigeante liberté - qui élève- par la médiocre égalité- qui rabaisse.

 

 

 

 

Une justification, un aveu !, qui dit bien l’imposture de ces consoeurs apparentées.

Car, tel le « dodo » qui rachète et efface la pénibilité du « boulot » et du « métro », de même voilà que du chaos dialectique jaillit l’étoile dansante… Fraternité ! Ainsi  « le maître » dirait à « l’esclave » : « Ecoute…, c’est évident tu vois je suis plus libre et plus égaux que toi ici-bas…, mais t’en fais pas !, on est frère malgré tout ! On est humain… Je n’emporterai pas mes biens dans ma tombe… »

Ainsi de ce choc des antagonismes surgit la positivité de la fraternité ! Il fallait bien trouver quelque chose pour faire passer le morceau de la parité liberté-égalité, on a donc mis un peu d’eau dans son vin…, et on a tendu le verre à son voisin !

   Ces mots, cette triade sacrée… !, sont des maux qui font semblants de passer pour des biens en soi quand ils ne sont que des remèdes.

 Des leurres qu’on nous miroite mais qui toujours s’éloignent de nous quand on croit s’en approcher. Liberté, tel un petit oiseau qu’on a tôt fait d’étouffer quand on s’imagine délicatement le saisir. Egalité, autant parler du tonneau des Danaïdes, ou encore du rocher de Sisyphe…  Tout au plus un horizon, mais un bien dangereux horizon, qui nous fait subrepticement sombrer dans un gouffre de totalitarisme.  Reste la fraternité, mais, il faut bien le reconnaître, qui est surtout là quand ça va pas fort, quand on est plus grand-chose… , et surtout pas libre ! Ainsi je deviens « frère de camps », frère de galère dans cet enfer, puisque c’est dans les épreuves que naissent les profonds sentiments et autres témoignages de fraternité. Et encore…, il resterait à voir le vil et l’abject que cache et dissimule tel un camouflage cette prétendue camaraderie.

 

 

 

   Ainsi l’idéaliste se fait des idées pour pouvoir nous faire mieux porter, supporter, la réalité en elle-même désespérée. Imposture de l’idéalisme qui rachète l’inestimable réalité jugée intenable.

   Finalement peut-être mieux vaut-il alors faire « comme si ». « Comme si » tous ces objets, ces belles idées, ces beaux sentiments, étaient vrais. Tout en sachant qu’ils sont faux. Mais en l’oubliant un petit peu quand même… C’est peut-être cela la liberté… , la grandeur de l’absurde condition de Sisyphe…, la liberté rêvée et imaginée (créée !) de l’Albatros…

Puisque l’Idéal permet de supporter le Spleen…

 Autant alors diffuser ces idées, telle une triade une et indivisible,cependant distinguée dans ses principes, semblable à trois puissants pouvoirs… Et puisque l’on aime à raisonner par trois ! Puisque l’on aime les beaux mots, sans se soucier de leur adéquation à la réalité. Puisque ces trois idéaux sont irréalisables, autant les unifier dans une semblance de réalité. Attributs de l’Etat, ce monstre froid qui aime à produire de l’illusion en acier.

 Quant à la réalité ? , que chacun en fasse ce qu’il veut !, ce qu’il peut… 

 

 

 

 

 

 

Ces trois idéaux-horizons (plus statique que dynamique), dans l’esprit du citoyen nouveau, seront alors tout comme un paradis. Un et indivisible.

 Comme sur terre…, de l’unité dans la diversité ! 

 

 

 

Si chacun pouvait avoir tout au moins dans son esprit ce paradis, alors ce serait la chose publique qui transcende et nos conditions d’existence et leur diversité.

Dans nos esprits donc, à défaut d’être réalisable…  Que vive ainsi la République  !

   Voilà notre nouvelle prière. La Sainte Trinité est devenue : Liberté, Egalité, Fraternité.  Au noms du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. Amen.

 Nouvelle religion, on est relié aux autres de par nos communs idéaux.

 

 

 

 

par Olivier de V. publié dans : réflexion personnelle sur texte court
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Mercredi 29 mars 2006

« Le fou qui se prend pour le roi est fou mais le roi qui se prend pour le roi ne l’est pas moins ». Jacques Lacan

 

 

 

 

Cette citation de psychanalyste laisse pour le moins perplexe et songeur. Davantage !, elle affole la raison… A moins qu’elle ne raisonne la folie…

Le fou, celui qu’on dit fou, ne se prend assurément pas pour un fou. Pour qui se prend-il donc ? Pour le roi, pardi !, puisque tous le considèrent et parlent de lui comme d’un personnage digne d’intérêt, et par conséquent hautement important. Le fou ne peut se prendre que pour le roi. Il n’est pas fou dans sa folie, puisqu’il a su discerner la réalité de son statut. De plus, il permet de normaliser ceux qui se prennent pour raisonnables…, eux, les fous !

Et pourquoi le roi qui se prend pour le roi ne serait-il pas moins fou ? Puisque lui aussi s’identifie à sa fonction sociale, digne de considération. Lui aussi se fait une idée de ce qu’il nécessairement n’est pas vraiment dans la réalité.

Le moi n’est pas en adéquation avec sa projection idéale étant donné que la subjectivité souvent cache l’objectivité du réel.

Mais alors,  où est la réalité ? Puisque nécessairement mon désir va la faire se confondre avec ma subjectivité ? Puisque ma projection, teintée de subjectivité, déforme nécessairement la réalité ? C’est dire que le sujet phénoménologique, dans sa visée intentionnelle, dévoile en dénaturant l’être de l’étant. (étance, ou étantité).

Le processus de subjectivisation de l’objectivité est à son summum lorsque je me prends pour nécessairement ce que je ne suis pas. Moi suis un autre, a-t-on dit, celui-là aussi était donc fou ?

Sommes-nous donc tous fou ?

L’animal, lui, ne l’est pas car il a un rapport direct et immédiat au réel. Lui n’a pas la prétention insensée de « se prendre pour ». Il est, tout simplement.

S’il n’est pas fou, c’est qu’il est raisonnable, car il ne présente pas cette réflexivité intrinsèque à l’homme, réflexivité qui donne accès à un retour sur soi, en une prise de distance qui peut égarer le réel en le dupliquant conformément aux désirs du sujet ; capacité de réflexion qui fait néanmoins de l’homme, comme on l’a dit -encore un fou !-, un animal raisonnable. Cette phrase est insensée, ma logique s’affole ! Mais continuons… Comment peut-on même se prendre pour un animal raisonnable, puisque je ne peux pas me prendre pour quoi que ce soit sans être taxé de folie ?

On revient alors à ce moi qui est autre, mais, décidément !, est fou qui l’affirme !

On dit que la folie dépasse -est en deçà et au-delà de- la raison. C’est dire que la folie pose des limites en délimitant la raison. Délimiter la raison…, c’est aussi dire qu’elle la définit. Définition de la raison : la folie. Quelle déraison !

Est fou ce qui n’est pas rationnel. Qu’est-ce qui fonde la rationalité en dernière –pour tout dire en première- instance ? C’est se questionner sur l’essence de la rationalité. Cette essence de la rationalité ne peut-elle pas n’être que l’irrationalité elle-même ? Voilà que la raison nous amène encore une fois à la folie !  Ce psychanalyste avait donc raison ( !) : la folie est partout, elle s’infiltre inéluctablement par tous les pores du raisonnement.

Encore une fois, je ne quitte pas mon monde puisque je ne peux m’affranchir de ma subjectivité qui me voile le monde d’une teinture égoïste. Pour moi alors, mon monde est le monde. Y a-t-il donc des milliards de mondes sur cette planète ? C’est pas fou,ça ?!  Piège du solipsisme. Je suis fou de croire que tu existes en dehors de ma subjectivité –puisque je ne peux le démontrer ! Tu n’es qu’un phénomène que mon esprit imaginatif fabrique pour se divertir. Vos mondes, le monde même, n’existent pas indépendamment de mes désirs, en dehors de ma volonté ! Je suis le principe de toute chose, je suis l’alpha et l’oméga, je suis l’Absolu !

Mais qui est ce « je » qui parle ? Ne se joue-t-il pas de moi ? Se prend-il pour moi, ou bien est-ce moi qui me prends pour lui ?   Dieu, moi, je, « je » suis donc fou, puisque je crée des relations. Tout comme l’auteur de cette citation, pour qui se prend-il à tenir des propos pareils ? Pour un psychanalyste ? Quelle folie !

     

par Olivier de V. publié dans : réflexion personnelle sur texte court
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