Spirale ascendante

Mai 2008
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Présentation

  • : Alchimie du verbe; tentatives d'ouverture aux interstices
  • : philosophie
  • : Une relation (un rapport au monde, aux êtres et aux choses) qui demeure en définition... Quelques délires... aussi. Des bêtises on croira...-- entre lesquelles, pourtant, quelques pépites... Bref... ici sont posées certaines choses qui me passionnent, qui me touchent. Un petit atelier de chercheur de vérités-- si l'on peut parler de "vérités". Du spontané plus que du fini. Mais cela dépend... Bonne lecture !
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      Du lire et de l'écrire

 

  "De tout ce qui est écrit, je n'aime que ce qu'un homme écrit avec son sang. Avec du sang écris, et tu apprendras que sang est esprit.

Il n'est guère facile d'entendre le sang des autres: d'oisifs lecteurs me sont odieux.

Qui connaît le lecteur, pour le lecteur celui-là plus rien ne fait. Encore un siècle de lecteurs -et l'esprit même sera puant.

[...] En montagne, de cime en cime va le plus court chemin; mais pour le prendre il faut avoir de longues jambes. Que cimes soient les sentences, et ceux auquels on parle grands et altiers!

L'air rare et pur, proche le danger et l'esprit plein d'une joyeuse malice: comme tout cela ensemble s'accorde bien!

Autour de moi je veux avoir des farfadets, car je suis courageux. Courage dont s'effarouchent les spectres lui-même se crée des farfadets, -le courage veut rire.

Plus ne sens avec vous; ces nuées qui au-dessous de moi s'offrent à ma vue, ces choses noires et pesantes dont je me ris, -précisément ce sont vos nuées d'orage.

En haut vous regardez quand de hauteur avez envie. Et je regarde en bas car je me tiens sur les sommets.

Qui de vous tout ensemble peut rire et se tenir sur les sommets?

Qui gravit les plus hautes cimes se rit de toutes les tragédies jouées et de toutes tragédies vécues.

Courageux, insouciants, railleurs, brutaux, -tels nous veut la sagesse; c'est une femme et qui jamais n'aime qu'un guerrier.

Vous me dites: "La vie est pesante à porter." Mais pourquoi donc auriez-vous avant midi votre fierté, et le soir votre soumission?

La vie est pesante à porter; mais ne soyez donc si délicat ! Nous sommes tous de jolis ânes et de jolies ânesses aux reins solides.

Qu'avons-nous en commun avec le bouton de rose, qui frémit dès qu'une goutte de rosée pèse sur son corps?

C'est vrai; si nous aimons la vie, ce n'est par habitude de vivre, mais c'est par habitude d'aimer.

Il est toujours quelque délire dans l'amour. Mais toujours aussi il est quelque raison dans le délire.

Et moi-même, qui bien m'entends avec la vie, il me semble que papillons et bulles de savon, et tout ce qui parmi les hommes est de leur sorte, de l'heur ont le mieux connaissance.

Ces petites âmes légères, folles, élégantes, mobiles, à les voir qui voltigent  -Zarathoustra est entraîné aux larmes et aux chants !

Je ne croirais qu'en un dieu qui à danser s'entendît !

Et quand je vis mon diable, lors je le trouvai sérieux, appliqué, profond, solennel : c'était l'esprit de pesanteur -par qui tombent toutes choses.

Ce n'est par ire, c'est par rire qu'on tue. Courage ! Tuons cet esprit de pesanteur !

J'ai appris à marcher; de moi-même, depuis, je cours.

J'ai appris à voler; pour avancer, depuis, plus ne veux qu'on me pousse !

Maintenant je suis léger, maintenant je vole, maintenant me vois au-dessous de moi; par moi c'est maintenant un dieu qui danse.

     Ainsi parlait Zarathoustra."

 -Nietzsche-

Mercredi 11 juillet 2007

[...]

"Pendant ce temps, quelque part sur terre, tout à côté pourtant de nos mondaines relations, non loin des pieds de chacun et de nos plus lents chemins, des fleurs continuent d’être , le plus simplement du monde, et des abeilles butinent encore et toujours leur présence. Le souffle du bourdonnement de l’essaim humain centré sur lui-même – on n’y butine que les « essences » et la manipulation – ne les a pas encore toutes civilisées. Aujourd’hui elles manifestent contre l’Inter-dire humain et brillent d’un nouvel éclat. Oui, Messieurs Dames, elles « veulent dire » ! mais ce qu’elles nous disent là est bien différent de ce nous savons d’elles, car elles ne parlent plus ici notre langage, elles s’en dégagent ; elles nous rappellent simplement leur dire, le dire de tout être au monde. Tragique rappel au monde fait à l’homme et son histoire :

 « Regarde, je suis là, tout est là ; vois ma façon d’être, et maintenant dis-moi la tienne, dis-moi toi aussi si tu es là »…

Aujourd’hui, je suis une abeille et voudrais être une bombe. Si tout est là, nous n’avons plus à chercher, chacun de son côté, en nos fors intérieurs. Si tout est là, c’est ici que tout se passe ; si tout est là, nous avons à voir ce que nous pouvons faire ensemble ou à définir clairement pourquoi nos chemins se séparent."

  Merci à l'auteur: Varna, cf. http://s-entredire.hautetfort.com  Ce que VEUT dire; éléments pour une sagesse du dire

 

Pour entrer dans l’intimité du réel, il faut franchir une dernière étape : rajeunir notre regard et poser des yeux neufs, enfantins sur le monde. Notre appréhension du monde est polluée par la mémoire. Lorsque nous voyons une rose, par exemple, nous l’assimilons à toutes les roses que nous avons déjà vues, nous la subsumons à partir du concept de rose, c'est-à-dire que nous reconnaissons dans cette rose-là toutes les roses, tant et si bien que nous sommes en présence non pas d’une singularité, mais d’une généralité. Nous avons pris l’habitude de ramener le nouveau a de l’ancien. Cela est dû à la généralité des mots : ceci est une rose veut dire que cette fleur n’est rien d’autre qu’une rose, c'est-à-dire quelque chose que je peux identifier, que j’ai déjà vu, senti, etc. Le langage, parce qu’il a avant tout une utilité sociale, est essentiellement composé de noms communs, les noms propres étant réservés aux hommes, aux animaux domestiques, aux lieus. Or, l’utilisation nécessaire des noms communs nous empêche de saisir le caractère propre de chaque chose : il n’y a rien de plus différent d’une rose qu’une autre rose. Ce que nous perdons, c’est cette singularité, cette nouveauté car toute rose est unique et c’est parce que nous l’oublions que nous posons un regard las sur le monde qui se caractérise dès lors par la répétition. Notre faculté d’émerveillement est usée, nous regardons sans voir, nous sentons sans sentir ; nous ne prêtons plus du tout attention à nos sensations :

« Sage qui se contente du spectacle du monde,
Qui, lorsqu’il boit, n’a pas même le souvenir
Qu’il a déjà bu dans sa vie,
Et pour qui tout est neuf,
Toujours immarcescible. »
Ricardo Reis, Odes retrouvées

Amor fati, pour vivre dans l'éternel...  Chercher l'or du temps.

On retrouve le fil de cet article, en lisant d'autres de mes artcles, je pense notamment à "L'absurde a-t-il un sens?", dont voici la conclusion:

"Au lieu de sombrer dans diverses échappatoires qui brouillent notre rapport à la vie, il convient de se donner entièrement, corps et âme, à chaque instant de son existence. On en tire alors le sentiment que la vie est une aventure pleine de sens. En outre, ce n’est pas parce que l’existence a –ou non- un sens que nous devons l’aimer (peu importe ce sens, si j’ose dire) ; c’est parce que nous l’aimons que notre vie prend sens. On se rend alors compte que ce n’est pas le sens qu’il faut poursuivre, mais c’est ce que l’on poursuit qui fait sens.

En effet, pour qui saurait accepter le monde, son silence, son indifférence, sa pure et simple réalité, l’absurde disparaitraît : non parce que nous aurions trouvé un sens, mais parce qu’il aurait cessé de nous manquer.

C’est la « sagesse » ultime de l’étranger (Camus) : « Vidé d’espoir, devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvris pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l’éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j’ai senti que j’avais été heureux, et que je l’étais encore… »

Cela dit assez ce qu’est l’absurde : non l’absence du sens, mais son échec ou son manque. Et ce qu’est la sagesse : l’acceptation comblée, non d’un sens, mais d’une présence."

Retrouver une certaine innocence du regard qui était déjà celle d’Angelus Silesius lorsqu’il écrivait ces célèbres vers :

« La rose est sans pourquoi ;
Fleurit parce que Fleurit. »

Une rose fleurit uniquement parce qu'elle fleurit. Une rose ne se préoccupe pas d'elle-même et ne se pose pas la question de savoir si on la voit fleurir.

Nous sommes des roses. La rose n'a d'épines que pour celui qui veut la cueillir. Les fleurs, il faut les regarder, il faut les sentir, les respirer. Elles embaument, et cela suffit; et cela est bon. De cela il faut se réjouir.   Cette histoire d'épines, qui peut tellement agacer, doit  attendrir.

"Ainsi le petit prince, malgré la bonne volonté de son amour, avait vite douté d'elle. Il avait pris au sérieux des mots sans importance, et il est devenu très malheureux.'Je n'ai alors rien su comprendre', me confia-t-il un jour,  'J'aurais dû la juger sur les actes et non sur les mots.Elle m'embaumait et m'éclairait. Je n'aurais jamais dû m'enfuir! J'aurais dû deviner sa tendresse derrière ses pauvres ruses. Les fleurs sont si contradictoires! Mais j'étais trop jeune pour savoir l'aimer." Le Petit Prince, A. de Saint Exupéry

"Nous savons peu de choses, mais qu'il faille nous tenir au difficile, c'est là une certitude qui ne doit pas nous quitter. Il est bon d'être seul parce que la solitude est difficile. Qu'une chose soit difficile doit nous être une raison de plus de nous y tenir.
Il est bon aussi d'aimer ; car l'amour est difficile. L'amour d'un être humain pour un autre, c'est peut-être l'épreuve la plus difficile pour chacun de nous, c'est le plus haut témoignage de nous-mêmes ; l'oeuvre suprême dont toutes les autres ne sont que les préparations. C'est pour cela que les êtres jeunes, neufs en toutes choses, ne savent pas encore aimer ; ils doivent apprendre. De toutes les forces de leur être, concentrées dans leur coeur qui bat anxieux et solitaire, ils apprennent à aimer Tout apprentissage est un temps de clôture. Ainsi pour celui qui aime, l'amour n'est longtemps, et jusqu'au large de la vie, que solitude, solitude toujours plus intense et plus profonde. L'amour, ce n'est pas dés l'abord se donner, s'unir à un autre. Que serait l'union de deux êtres encore imprécis, inachevés, dépendants ?

L'amour, c'est l'occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même un monde pour l'être aimé. C'est une haute exigence, une ambition sans limite, qui fait de celui qui aime un élu qu'appelle le large. Dans l'amour, quand il se présente, ce n'est que l'obligation de travailler à eux-mêmes que les êtres jeunes devraient voir. Se perdre dans un autre, se donner à un autre, toutes les façons de s'unir ne sont pas encore pour eux. Il leur faut d'abord thésauriser longtemps, accumuler beaucoup. Le don de soi-même est un achèvement : l'homme en est peut-être encore incapable.

[...]

Le partage total entre deux êtres est impossible et chaque fois que l'on pourrait croire
qu'un tel partage a été réalisé, il s'agit d'un accord qui frustre l'un des partenaires,
ou même tous les deux, de la possibilité de se développer pleinement.

Mais lorsque l'on a pris conscience de la distance infinie qu'il y aura toujours entre deux êtres humains, quels qu'ils soient, une merveilleuse "vie côte à côte"devient possible:

Il faudra que les deux partenaires deviennent capables d'aimer cette distance qui les sépare et grâce à laquelle chacun des deux aperçoit l'autre entier, découpé dans le ciel."

Rainer Maria RILKE dans "Lettres à un jeune poète"

 

par OdV publié dans : Cheminement-fragments.
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