Spirale ascendante

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Présentation

  • : Alchimie du verbe; tentatives d'ouverture aux interstices
  • : philosophie
  • : Une relation (un rapport au monde, aux êtres et aux choses) qui demeure en définition... Quelques délires... aussi. Des bêtises on croira...-- entre lesquelles, pourtant, quelques pépites... Bref... ici sont posées certaines choses qui me passionnent, qui me touchent. Un petit atelier de chercheur de vérités-- si l'on peut parler de "vérités". Du spontané plus que du fini. Mais cela dépend... Bonne lecture !
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil

Recherche

Commentaires

Texte libre

 

      Du lire et de l'écrire

 

  "De tout ce qui est écrit, je n'aime que ce qu'un homme écrit avec son sang. Avec du sang écris, et tu apprendras que sang est esprit.

Il n'est guère facile d'entendre le sang des autres: d'oisifs lecteurs me sont odieux.

Qui connaît le lecteur, pour le lecteur celui-là plus rien ne fait. Encore un siècle de lecteurs -et l'esprit même sera puant.

[...] En montagne, de cime en cime va le plus court chemin; mais pour le prendre il faut avoir de longues jambes. Que cimes soient les sentences, et ceux auquels on parle grands et altiers!

L'air rare et pur, proche le danger et l'esprit plein d'une joyeuse malice: comme tout cela ensemble s'accorde bien!

Autour de moi je veux avoir des farfadets, car je suis courageux. Courage dont s'effarouchent les spectres lui-même se crée des farfadets, -le courage veut rire.

Plus ne sens avec vous; ces nuées qui au-dessous de moi s'offrent à ma vue, ces choses noires et pesantes dont je me ris, -précisément ce sont vos nuées d'orage.

En haut vous regardez quand de hauteur avez envie. Et je regarde en bas car je me tiens sur les sommets.

Qui de vous tout ensemble peut rire et se tenir sur les sommets?

Qui gravit les plus hautes cimes se rit de toutes les tragédies jouées et de toutes tragédies vécues.

Courageux, insouciants, railleurs, brutaux, -tels nous veut la sagesse; c'est une femme et qui jamais n'aime qu'un guerrier.

Vous me dites: "La vie est pesante à porter." Mais pourquoi donc auriez-vous avant midi votre fierté, et le soir votre soumission?

La vie est pesante à porter; mais ne soyez donc si délicat ! Nous sommes tous de jolis ânes et de jolies ânesses aux reins solides.

Qu'avons-nous en commun avec le bouton de rose, qui frémit dès qu'une goutte de rosée pèse sur son corps?

C'est vrai; si nous aimons la vie, ce n'est par habitude de vivre, mais c'est par habitude d'aimer.

Il est toujours quelque délire dans l'amour. Mais toujours aussi il est quelque raison dans le délire.

Et moi-même, qui bien m'entends avec la vie, il me semble que papillons et bulles de savon, et tout ce qui parmi les hommes est de leur sorte, de l'heur ont le mieux connaissance.

Ces petites âmes légères, folles, élégantes, mobiles, à les voir qui voltigent  -Zarathoustra est entraîné aux larmes et aux chants !

Je ne croirais qu'en un dieu qui à danser s'entendît !

Et quand je vis mon diable, lors je le trouvai sérieux, appliqué, profond, solennel : c'était l'esprit de pesanteur -par qui tombent toutes choses.

Ce n'est par ire, c'est par rire qu'on tue. Courage ! Tuons cet esprit de pesanteur !

J'ai appris à marcher; de moi-même, depuis, je cours.

J'ai appris à voler; pour avancer, depuis, plus ne veux qu'on me pousse !

Maintenant je suis léger, maintenant je vole, maintenant me vois au-dessous de moi; par moi c'est maintenant un dieu qui danse.

     Ainsi parlait Zarathoustra."

 -Nietzsche-

Mercredi 27 juin 2007

Le “ dernier homme ” de Nietzsche : quelques aspects d’un “ personnage conceptuel ”

 

 “ Il y a, chez les femmes et chez les hommes de ce temps, une manière plutôt souveraine de perdre pied sans angoisse, et de marcher sur les eaux de la noyade du sens. Une manière de savoir, précisément, que la souveraineté n’est rien, qu’elle est ce rien dans lequel le sens, toujours, s’excède. Ce qui résiste à tout, et peut-être toujours, à toute époque, ce n’est pas un médiocre instinct d’espèce ou de survie, c’est ce sens-là ” (Jean-Luc NANCY, Le Sens du monde, Galilée, 1993, p. 11)

 “ Petits et grands ”

 

 Jamais l’homme n’a été aussi “ petit ”. Jamais il n’a été entouré, habité, préoccupé par d’aussi “ petites choses ”. Cette rengaine nous est connue. C’est un “ microcosme de petites choses ” qui caractérise une heureuse modernité. Car, comme on le sait aussi, cet homme moderne, l’homme d’aujourd’hui, le “ dernier homme ” a “ inventé le bonheur ”, non seulement un bonheur à sa mesure, mais son bonheur comme mesure de toutes choses. Le dernier homme ne sait plus admirer parce qu’il n’y a rien, désormais, de plus grand que lui. L’homme moderne est petit parce qu’il a réalisé la formule de Protagoras. Il est petit parce qu’il est trop humain. Trop humain, parce que totalement humain, humain de part en part. Plus tard, un lecteur de Nietzsche dira que “ l’humanisme ne situe pas assez haut l’humanitas de l’homme... ” (Martin HEIDEGGER, Lettre sur l’humanisme , Questions III)

Tout cela nous ne le savons que trop bien, nous, lecteurs de Nietzsche, et lecteurs de ses lecteurs, c’est-à-dire des grands philosophes du XXe siècle. Et ce savoir nous embarrasse. Non parce que cette description nous dépeindrait trop cruellement. Lecteurs de Nietzsche, de telles considérations nous détachent au contraire du “ troupeau ”. Mais tel est bien ce qui nous gêne. Il y a là prétexte à une posture aristocratique qui ne nous convient pas. La Science Sociale nous avertit heureusement de nous méfier de ces postures “ distinguées ”. Et nous n’apprécions guère qu’on puisse nous accoler l’expression devenue triviale de “ nietzschéisme de bazar ”. Eh quoi... La lecture de Nietzsche serait-elle redevenue inconvenante ? Nietzsche ne serait-il accessible qu’épisodiquement ?

À vrai dire, cette gêne qui est la nôtre lorsque nous entendons évoquer sans cesse la “ petitesse ” des hommes modernes, nous vient surtout d’un enseignement qui est celui de Nietzsche lui-même : les “ grandeurs ” du passé étaient mensongères. Le nihilisme a commencé non pas quand les valeurs, les “ suprêmes valeurs ”, se sont écroulées, mais au moment même, qui a duré des siècles, où l’on a monté leur échafaudage. La modernité, au sens du nihilisme, de l’époque des “ riens ”, des “ petites choses ”, ne date pas d’hier. Les “ hommes supérieurs ”, ceux qui ont construit les “ valeurs suprêmes ” ont été les premiers “ grands ” nihilistes. Et cela ne trompe d’ailleurs pas le personnage qui nous intéresse ici, “ le dernier homme ”, le plus méprisable des hommes : “ Vous, les hommes supérieurs, – ainsi parle la populace en clignant de l’œil – il n’y a pas d’hommes supérieurs, nous sommes tous égaux... ” . Il ne faut donc pas se leurrer dans notre lecture de cette “ économie des grandeurs ” à l’œuvre dans les textes de Nietzsche. La plupart de ceux auxquels la Culture a décerné le titre de “ grands hommes ” sont pour Nietzsche de “ Grandes-Têtes-Molles ”. Il y a incontestablement un côté Ducasse chez Nietzsche : lorsqu’on lit les portraits des Sénèque, Rousseau, Schiller, Dante, Kant, Hugo, Liszt, Sand, Michelet, Carlyle, Mill, Goncourt et Zola dans le Crépuscule des Idoles, c’est le “ passé hideux de l’humanité pleurarde ” que l’on croit passer en revue. C’est donc, en un sens, “ ce qui nous fait honneur ” de nous être débarrassé des grandiosités de la tradition : “ S’il est une chose qui nous fait honneur, c’est celle-ci : nous avons placé le sérieux ailleurs : nous prenons au sérieux les choses inférieures méprisées et laissées de côté par toutes les époques – nous faisons en revanche bon marché des “beaux sentiments”... ” L’alimentation, la résidence et le climat sont des problèmes plus importants que le salut de l’âme. Ecce homo nous donne à ce sujet de précieux conseils.

 D’autre part, remarque Nietzsche, les civilisations sont assez peu reconnaissantes à l’égard de ceux qu’elles finiront par “ panthéoniser ” : “ Au fond, toutes les grandes civilisations éprouvent à l’égard du “grand homme” cette profonde angoisse que les Chinois ont été les seuls à s’avouer dans ce proverbe : “le grand homme est une calamité publique”. Au fond, toutes les institutions sont conçues de manière qu’il se forme aussi rarement que possible et ne croisse que dans les conditions les plus défavorables : quoi d’étonnant ! “Les petits ne se soucient que d’eux-mêmes, que des petits ”. Nietzsche – le “ mécontemporain ” – ne rêve donc pas à une “ belle époque ”, à une “ grande époque ”, qui serait perdue. Sans cesse, il manifeste son opposition à ce qu’il nomme, dans l’avant-propos de 1886 au deuxième tome d’Humain trop Humain, le “ pessimisme romantique ”. À ce pessimisme qui n’est que l’envers de la niaise canaillerie optimiste des modernes, Nietzsche oppose son “ pessimisme intrépide ” : “ ... j’ai retrouvé le chemin de ce pessimisme intrépide qui est le contraire de toutes les hâbleries idéalistes... ” . Il n’y a plus que les bouffons aujourd’hui pour se mettre en quête de la grandeur perdue. Il n’est que trop aisé de repérer ceux qui, au vingtième siècle, auront endossé l’habit de l’illusionniste décrit dans la dernière partie du Zarathoustra : “ O Zarathoustra, j’ai lassitude, de mes tours de magie suis écœuré, je ne suis grand, à quoi bon feindre ? Mais tu le sais bien – de grandeur je fus en quête ! / De grand homme voulais faire figure, et nombreuses furent mes dupes. Or ce mensonge a dépassé mes forces. Contre lui je me brise ”.

par OdV publié dans : Cheminement-fragments.
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander

Commentaires

Aucun commentaire pour cet article

Trackbacks

Aucun trackback pour cet article
créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus