Ecrire… Etrange phénomène. Qui écrit ? Toujours l’autre, jamais « je ». Car « je » est un autre que moi, nous a merveilleusement dit en son temps un jeune poète. Ou alors je n’écris pas, et c’est du verbiage stérile—le seul « je ». En effet, pourquoi donc est-ce que j’écris ? « J’écris pour me débarrasser », dit Nietzsche. « Jusqu’à présent je n’ai pas trouvé d’autres moyens de me défaire de mes pensées. » L’écriture serait alors un moyen. Une nécessité même, pour certains. « Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité », nous confesse le philosophe. Mais quelle vérité ? Quelles vérités ? Je laisse la question en suspend…
« Ce qui n’est pas occupé à naître est occupé à mourir », dit Bob Dylan.
Pourquoi écrire, si ce n’est pour approfondir son expérience du monde ?
Musique, rythme, liens infimes, images.
Une
belle musique, accompagnée de mélodieuses images, pleines d’un contenu qu’il est difficile de transcrire par l’écriture, cet art second qui, toujours, se rapporte aux premiers :
le son et l’image. Monstre originel cacaphonique rendu mélodieux.
Se libérer n’est rien. Ce qu’il faut, c’est tenir l’ouvert.
Et tout d’un coup c’est là, devant les yeux, il suffit de la bonne seconde pour le capter, c’est fugace, on ne comprend pas mais à sa propre euphorie qui palpite au-dedans on sent que ça reviendra, que c’était là, que le monde a parlé.
Ecrire, pour que, entre le monde et soi, l’écluse des mots nous remette à niveau et qu’ainsi l’expérience, jamais, ne soit interrompue.
Ivresse et enthousiasme du « moi » dionysiaque. Rêve d’idéal et exigence de forme du « je » apollinien. Principe d’individuation apollinien. Inspiration du dionysiaque qui aspire à se fondre dans le grand tout de la multitude, de l’universel, vers l’originelle nature. A s’y confondre même, lui qui tient en germe --et qui existe par le fait de son frère opposé-- l’apollinien. Ce ne sont pas des forces antagonistes, mais bien au contraire complémentaires, nécessaires l’une à l’autre pour être.
Féconde complémentarité de l apollinien et du dionysiaque. La culture ne s’oppose plus à une nature que bien au contraire elle présuppose, et dans laquelle
elle puise son énergie, sa vigueur. L’individu, emporté par le dionysiaque, sort des limites et de la mesure de l’apollinien pour accéder à un
« langage jaillit du cœur de la nature ». «La connaissance par les gouffres », une mouvance nietzschéenne. En totale rupture avec
la tradition socratique pour laquelle le savoir présuppose l’éloignement des passions et le culte de la mesure. Cela dit on ne parle que de tradition, car Socrate avait lui aussi, et plus que
tout autre après lui, son daimon dionysiaque.D'ailleurs il en est mort, comme il se devait justement à l'époque, de
cette hybris.
Seuls l’ivresse dionysiaque et le débordement conduisent à la vérité quand la culture, modèle apollinien, ne conduit qu’à la violence. Comment ne pas songer en disant cela à la montée du nazisme,
régime où le culte apollinien a en effet mis un terme à la subversion dionysiaque que contenait le romantisme allemand. Du coup, l’apollinien seul est devenu complètement insensé, vide. Cette
violence du déracinement, ce régime l’a exprimé de façon désastreuse. Je m’éloigne semble-t-il de mon sujet initial, mais on voit bien là pourquoi
toute société -de même que tout individu-, pour accéder à un certain équilibre, loin de devoir étouffer la violence qu’elle recèle, doit au contraire la canaliser, de diverses manières… Il manque
la conscience à l’apollinien seul, qui n’est plus du coup vraiment apollinien. Il manque la forme au dionysiaque seul, qui du coup n’est pas grand-chose… Ou bien un tout informe, car bien
incapable de s’en donner une de forme, ou bien rien, ce qui revient au même. Voilà les extrêmes, qui n’existent pas, bien évidemment.
Comment donc dire le subtil dosage qui s’opère, le seul qui soit, dans l’absolu ? Encore une fois, revenir sur terre, y demeurer, l’habiter, par et dans l’expérience.
[Work in progress…, to be continued…]
ajouter un commentaire commentaires (1) créer un trackback recommander

Derniers commentaires