Liberté, égalité, fraternité.
Quels sont donc ces trois mots ? Correspondent-ils seulement au réel ? Reflet ou réalité ?
Ils semblent davantage briller d’un éclat indigne d’une caverne qui voit dans cette triade -ces ombres !- d’abord l’écho d’une réalité. Une réalité -à notre mal heur, sempiternelle- d’une teneur plus palpable, qui fait vivre et qui nourrit : Métro, boulot, dodo.
Ou bien est-ce la victoire de l’idéal sur le spleen ? Victoire exprimée par des mots d’ordre scandés par une foultitude encore illusionnée ? Triade qui fait vivre et qui rassure, qui console plus précisément, une multitude victime de son plein gré –une servitude volontaire…- d’un espoir pourtant désespéré.
Car quelles compatibilités réelles entre la liberté et l’égalité ? Egalité dans une liberté idéale ? Qui ne reste qu’idéelle dans l’égalité conçue par et dans notre abstraite humaine condition, trop humaine… ? Et chacun de s’en faire sa petite, plus ou moins médiocre, idée… Idée qui procède d’un strict et lucide matérialisme ou d’un idéalisme des plus illusoires. C’est dire que du fatalisme, au fond peut-être le plus sage, de l’assentiment à la nécessité, à l’absolue illusion naïve d’une totale liberté d’action, de parole et de pensée, chacun,entre ces deux pôles, façonne idée à son pied… Puisqu’il faut bien marcher !
Ou bien faut-il discerner la liberté dans l’idée même –idée pourtant tant martelée- d’égalité ? On va alors reléguer là la trop audacieuse et liberticide égalité à son juste statut. Juste mais bien faible statut, car factice, que celui prétendu de droit ! Qui n’est finalement que la force instituée du bon côté, de son côté naturel, celui des « plus égaux »…
Ainsi l’égalité, de fait vaine prétention pour qui entend sauvegarder la liberté, se trouve réduite à l’égalité des droits. Ce qui certes n’est pas rien, mais qui s’avère insuffisant, voire impuissant à infléchir le réel qui est tout autre.
Et la fraternité, ce mot d’ordre à quoi est-il bon, celui-là ? Sans doute n’est-il que pour adoucir l’impossible compatibilité de fait de la liberté et de l’égalité. Impossible compatibilité pour qui entend bien ne pas appesantir l’exigeante liberté - qui élève- par la médiocre égalité- qui rabaisse.
Une justification, un aveu !, qui dit bien l’imposture de ces consoeurs apparentées.
Car, tel le « dodo » qui rachète et efface la pénibilité du « boulot » et du « métro », de même voilà que du chaos dialectique jaillit l’étoile dansante… Fraternité ! Ainsi « le maître » dirait à « l’esclave » : « Ecoute…, c’est évident tu vois je suis plus libre et plus égaux que toi ici-bas…, mais t’en fais pas !, on est frère malgré tout ! On est humain… Je n’emporterai pas mes biens dans ma tombe… »
Ainsi de ce choc des antagonismes surgit la positivité de la fraternité ! Il fallait bien trouver quelque chose pour faire passer le morceau de la parité liberté-égalité, on a donc mis un peu d’eau dans son vin…, et on a tendu le verre à son voisin !
Ces mots, cette triade sacrée… !, sont des maux qui font semblants de passer pour des biens en soi quand ils ne sont que des remèdes.
Des leurres qu’on nous miroite mais qui toujours s’éloignent de nous quand on croit s’en approcher. Liberté, tel un petit oiseau qu’on a tôt fait d’étouffer quand on s’imagine délicatement le saisir. Egalité, autant parler du tonneau des Danaïdes, ou encore du rocher de Sisyphe… Tout au plus un horizon, mais un bien dangereux horizon, qui nous fait subrepticement sombrer dans un gouffre de totalitarisme. Reste la fraternité, mais, il faut bien le reconnaître, qui est surtout là quand ça va pas fort, quand on est plus grand-chose… , et surtout pas libre ! Ainsi je deviens « frère de camps », frère de galère dans cet enfer, puisque c’est dans les épreuves que naissent les profonds sentiments et autres témoignages de fraternité. Et encore…, il resterait à voir le vil et l’abject que cache et dissimule tel un camouflage cette prétendue camaraderie.
Ainsi l’idéaliste se fait des idées pour pouvoir nous faire mieux porter, supporter, la réalité en elle-même désespérée. Imposture de l’idéalisme qui rachète l’inestimable réalité jugée intenable.
Finalement peut-être mieux vaut-il alors faire « comme si ». « Comme si » tous ces objets, ces belles idées, ces beaux sentiments, étaient vrais. Tout en sachant qu’ils sont faux. Mais en l’oubliant un petit peu quand même… C’est peut-être cela la liberté… , la grandeur de l’absurde condition de Sisyphe…, la liberté rêvée et imaginée (créée !) de l’Albatros…
Puisque l’Idéal permet de supporter le Spleen…
Autant alors diffuser ces idées, telle une triade une et indivisible,cependant distinguée dans ses principes, semblable à trois puissants pouvoirs… Et puisque l’on aime à raisonner par trois ! Puisque l’on aime les beaux mots, sans se soucier de leur adéquation à la réalité. Puisque ces trois idéaux sont irréalisables, autant les unifier dans une semblance de réalité. Attributs de l’Etat, ce monstre froid qui aime à produire de l’illusion en acier.
Quant à la réalité ? , que chacun en fasse ce qu’il veut !, ce qu’il peut…
Ces trois idéaux-horizons (plus statique que dynamique), dans l’esprit du citoyen nouveau, seront alors tout comme un paradis. Un et indivisible.
Comme sur terre…, de l’unité dans la diversité !
Si chacun pouvait avoir tout au moins dans son esprit ce paradis, alors ce serait la chose publique qui transcende et nos conditions d’existence et leur diversité.
Dans nos esprits donc, à défaut d’être réalisable… Que vive ainsi
la République !
Voilà notre nouvelle prière.
La Sainte Trinité est devenue : Liberté, Egalité, Fraternité. Au noms du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. Amen.
Nouvelle religion, on est relié aux autres de par nos communs idéaux.
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