Spirale ascendante

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Présentation

  • : Alchimie du verbe; tentatives d'ouverture aux interstices
  • : philosophie
  • : Une relation (un rapport au monde, aux êtres et aux choses) qui demeure en définition... Quelques délires... aussi. Des bêtises on croira...-- entre lesquelles, pourtant, quelques pépites... Bref... ici sont posées certaines choses qui me passionnent, qui me touchent. Un petit atelier de chercheur de vérités-- si l'on peut parler de "vérités". Du spontané plus que du fini. Mais cela dépend... Bonne lecture !
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil

Recherche

Commentaires

Texte libre

 

      Du lire et de l'écrire

 

  "De tout ce qui est écrit, je n'aime que ce qu'un homme écrit avec son sang. Avec du sang écris, et tu apprendras que sang est esprit.

Il n'est guère facile d'entendre le sang des autres: d'oisifs lecteurs me sont odieux.

Qui connaît le lecteur, pour le lecteur celui-là plus rien ne fait. Encore un siècle de lecteurs -et l'esprit même sera puant.

[...] En montagne, de cime en cime va le plus court chemin; mais pour le prendre il faut avoir de longues jambes. Que cimes soient les sentences, et ceux auquels on parle grands et altiers!

L'air rare et pur, proche le danger et l'esprit plein d'une joyeuse malice: comme tout cela ensemble s'accorde bien!

Autour de moi je veux avoir des farfadets, car je suis courageux. Courage dont s'effarouchent les spectres lui-même se crée des farfadets, -le courage veut rire.

Plus ne sens avec vous; ces nuées qui au-dessous de moi s'offrent à ma vue, ces choses noires et pesantes dont je me ris, -précisément ce sont vos nuées d'orage.

En haut vous regardez quand de hauteur avez envie. Et je regarde en bas car je me tiens sur les sommets.

Qui de vous tout ensemble peut rire et se tenir sur les sommets?

Qui gravit les plus hautes cimes se rit de toutes les tragédies jouées et de toutes tragédies vécues.

Courageux, insouciants, railleurs, brutaux, -tels nous veut la sagesse; c'est une femme et qui jamais n'aime qu'un guerrier.

Vous me dites: "La vie est pesante à porter." Mais pourquoi donc auriez-vous avant midi votre fierté, et le soir votre soumission?

La vie est pesante à porter; mais ne soyez donc si délicat ! Nous sommes tous de jolis ânes et de jolies ânesses aux reins solides.

Qu'avons-nous en commun avec le bouton de rose, qui frémit dès qu'une goutte de rosée pèse sur son corps?

C'est vrai; si nous aimons la vie, ce n'est par habitude de vivre, mais c'est par habitude d'aimer.

Il est toujours quelque délire dans l'amour. Mais toujours aussi il est quelque raison dans le délire.

Et moi-même, qui bien m'entends avec la vie, il me semble que papillons et bulles de savon, et tout ce qui parmi les hommes est de leur sorte, de l'heur ont le mieux connaissance.

Ces petites âmes légères, folles, élégantes, mobiles, à les voir qui voltigent  -Zarathoustra est entraîné aux larmes et aux chants !

Je ne croirais qu'en un dieu qui à danser s'entendît !

Et quand je vis mon diable, lors je le trouvai sérieux, appliqué, profond, solennel : c'était l'esprit de pesanteur -par qui tombent toutes choses.

Ce n'est par ire, c'est par rire qu'on tue. Courage ! Tuons cet esprit de pesanteur !

J'ai appris à marcher; de moi-même, depuis, je cours.

J'ai appris à voler; pour avancer, depuis, plus ne veux qu'on me pousse !

Maintenant je suis léger, maintenant je vole, maintenant me vois au-dessous de moi; par moi c'est maintenant un dieu qui danse.

     Ainsi parlait Zarathoustra."

 -Nietzsche-

Vendredi 21 avril 2006


Sade et Sacher Masoch. Des symptômes semblables. Pourtant des logiques internes forts différentes.

Société sadique. Au point où nous en sommes, est-il encore besoin de s'escrimer?  Face à des gens qui ne voient pas à quel point nous en sommes... Au point où nous en sommes, il m'arrive de manquer de courage...    A quoi bon?

Sade/ représentation/ reconnaissance/ pouvoir/ lois formelles/ mépris de l'autre/ éloge de la mort, assèchement

Sacher Masoch/ expérimentation/ jeu / complicité, liberté / puissance/ respect de l'autre et de la parole donnée/ éloge de la vie, intensification



to be continued...

 

par Olivrdv publié dans : Cheminement-fragments.
commentaires (0)    recommander
Mardi 18 avril 2006

 

L’absurde a-t-il un sens ?

 

 [Intro]

 

 

 

 

  « Constater l’absurdité de la vie ne peut-être une fin, mais seulement un commencement », affirme Camus dans un article de l’Alger-Républicain (1938). En effet, cet écrivain considère et envisage l’absurde comme un point de départ à sa révolte et à sa quête de sens. Dans Le mythe de Sisyphe (1942), il nous explique que ce « mal de l’esprit » résulte de « la confrontation de l’appel humain avec le silence déraisonnable du monde ». Ainsi l’absurde (étymologiquement, discordant, qui manque d’harmonie, d’unité) naît nécessairement d’une certaine recherche, d’un manque de compréhension. Il n’y a pas d’absurde en soi. Est absurde ce qui est contraire au bon sens, à la raison et à la logique. En effet, que le monde n’ait pas de sens, cela ne le rend absurde que pour nous, qui en cherchons un.

Comment, dès lors, l’absurde peut-il avoir un sens ?

Il faut voir dans l’emploi du terme « sens » sa double acception, signification et direction. Ces deux sens sont liés : le but, la fin (direction) d’une action semble avoir aussi une signification. Par exemple si je cours pour aller plus vite, cela signifie vraisemblablement que je suis pressé. Et si je suis pressé, ce n’est pas pour rien.

Le sens -et sa quête- procède d’une absence. Il n’est donc de sens que là où intervient une volonté ou quelque chose qui lui ressemble (un désir, une pulsion). Autrement dit, il n’est de sens (comme signification ou direction) que pour un être doué de sens ( comme sensibilité), capable de désirer, donc aussi capable de souffrir et de jouir.

Le sens suppose donc une relation à autre chose qu’à soi. Sortir de l’absurdité exige un questionnement, une quête, qui elle-même tire son sens du fait de son existence. D’où notre axe problématique : N’est-ce pas justement dans la prise de conscience –avec la plus grande lucidité possible- de l’absurdité de notre condition humaine que s’éveille alors en nous la passion de la Vie , qui prend alors tout son sens ?

 

 

 

…………………………………………………………………………………………………

 

 

 

 

 

 

[I- Faire le constat de l’absurdité récurrente de notre humaine condition.

II- Crise du sens, ses dérives et échappatoires.

III- Réhabilitation de l’existence, affirmation de la Vie , projet qui donne sens.]

 

 

 

 

 

Plan détaillé à venir prochainement.

 

 

 

 

 

 

 

 

………………………………………………………………………………………………….

 

 [Conclusion]

 

 

 

   Ainsi, le constat d’une discordance, d’une part d’absurdité, d’incompréhension dans notre rapport au monde nous donne l’occasion de bâtir du sens.

Au lieu de sombrer dans diverses échappatoires qui brouillent notre rapport à la vie, il convient de se donner entièrement, corps et âme, à chaque instant de son existence. On en tire alors le sentiment que la vie est une aventure pleine de sens. En outre, ce n’est pas parce que l’existence a –ou non- un sens que nous devons l’aimer (peu importe ce sens, si j’ose dire) ; c’est parce que nous l’aimons que notre vie prend sens. On se rend alors compte que ce n’est pas le sens qu’il faut poursuivre, mais c’est ce que l’on poursuit qui fait sens.

En effet, pour qui saurait accepter le monde, son silence, son indifférence, sa pure et simple réalité, l’absurde disparaitraît : non parce que nous aurions trouvé un sens, mais parce qu’il aurait cessé de nous manquer.

C’est la « sagesse » ultime de l’étranger (Camus) : « Vidé d’espoir, devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvris pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l’éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j’ai senti que j’avais été heureux, et que je l’étais encore… »

Cela dit assez ce qu’est l’absurde : non l’absence du sens, mais son échec ou son manque. Et ce qu’est la sagesse : l’acceptation comblée, non d’un sens, mais d’une présence.

 

    

 

par OdV publié dans : Composition
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Mercredi 5 avril 2006

  C’est tellement difficile de bien parler de choses compliquées. Il faut bien entrer en matière la chose. Savoir expliquer clairement. Etre clair, être pédagogue. Il faut avoir compris à fond pour pouvoir rationnellement parler de. Il est simple de saisir, de façon plus ou moins intuitive, le sens, l’essence d’une réalité, d’une vérité. Il est beaucoup moins aisé de pouvoir en parler, clairement et rigoureusement. Il est nécessaire, me semble-t-il, pour cela d’avoir accueilli la vérité, l’avoir progressivement incorporé. Puis de s’en être éloigné. C’est alors là qu’on peut atteindre l’explication authentique. Car on est désormais conscient de la présence en nous de l’absence--mais qui ne l’est plus vraiment-- de cet être qui fait parti de nous. L’appel du logos se fait ressentir. Qu’il s’extériorise avec puissance, matérialité, en son, et dans son, Etre est maintenant possible, depuis qu’on a intérieurement en nous dévoilé la vérité sentie. Cette chose vue, nous l’avons reconnu comme présence de notre Etre au monde, comme faisant--ou en étant en relation avec notre Etre même dans la profondeur de son ancrage au monde-- partie de notre réalité humaine. Elle est devenue, elle aussi, une réalité : la réalité.

  Difficile accès à la réalité. Il faut tâcher d’en finir avec tout voilement, illusion,—souvent liés à la bien-pensance du politiquement correct—et autres facilitées qui font obstacles à la vérité et à l’authenticité « nature » de la réalité. Accès dans l’habitat monde, y demeurer.                                                               Véritable ascèse ! Devenir--et être dans le devenir—vivant. Répondre à l’appel du vivant, du présent. Y consentir. Accepter d’entendre le vouloir qui interpelle de sa récurrente mélodie. Faire abstraction du bruit. Ecouter la vérité et la rendre à elle-même dans sa juste musicalité. Rude et effroyable tâche. Sa perspective remplit d’effroi. Tragique et vaine !                                                                                                  Travail laborieux de Sisyphe, pour laquelle même un demi dieu demeure insuffisant et acquiesce en disant non !Affirme en se révoltant. Quel enfer !, quel terrible désappointement !                                                    Et  pourtant…, il faut imaginer Sisyphe heureux.

 Ai-je été clair ?

par Olivier de V. publié dans : Cheminement-fragments.
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Samedi 1 avril 2006
par Olivier de V. publié dans : De vous à moi
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Mercredi 29 mars 2006

 « On façonne les plantes par la culture et les  hommes par l’éducation » Rousseau.

 

        Cette citation de Rousseau extraite du début de l’Emile procède d’une analogie. La culture est aux plantes ce que l’éducation est aux hommes. Il y a effectivement une relation de ressemblance entre ce qui grandit et éduque les hommes et ce qui fait vivre et s’épanouir les plantes. Cette phrase renvoie à celle de Kant quand il nous indique que l’homme est semblable à un arbre dans une forêt. Pour grandir droit, il lui faut des tuteurs.

Ce « on » indéterminé est en effet la société dans son acception la plus large. Car l’homme est un être en devenir humain, et il ne s’humanise qu’en relation à ses pairs. La société constitue la terre, le ferment de son épanouissement. Mais comme chaque homme est une plante bien singulière, il lui est nécessaire, pour un épanouissement et une réalisation des plus adéquate, d’oxygène et d’espace qui lui convienne. Une culture trop serrée étouffe une plante comme des tuteurs, éducateurs, précepteurs trop rigides éteignent la flamme d’une singularité. Tout comme les plantes, pour ne pas qu’il se referme sur lui-même, avant même que de s’ouvrir, l’homme a besoin d’un milieu favorable à son épanouissement. Ce milieu doit le soutenir dans son aspiration à donner ses fruits, pour lequel il lui importe d’avoir un espace minimum vital d’air et de liberté, autant que le consolider. C’est-à-dire le fortifier dans le choix de ses proches et de son milieu, le conforter. Afin qu’il ne s’éparpille pas , qu’il ne meurre pas en devenant parasite. On façonne ainsi un homme quand on lui permet de se former. L’éducation est un moyen qui tend à être une fin, car on grandit toujours de manière plus ou moins droite, mais autant adroite que possible. On porte ses fruits qu’un jour on exporte, on apporte à la société qui nous environne. Une fleur qui s’ouvre et qui se donne à voir. Qui devient aussi, en même temps que fin, moyen pour autrui.

Car de fait, il y a un double processus d’éducation. Une perspective horizontale de partage. Un jeu de force, de relation, d’action et de réaction qui façonne le maître en même temps qu’il forme l’élève. La culture s’élève entre individus cultivés, l’éducation peut devenir, au summum de sa réciprocité, recréation. Parce que la plante libère ses graines.

Parallèlement, il y a une perspective verticale de croissance et d’éducation. Mais cette fois perspective qui se joue dans un rapport de soi à soi. Rapport qui se réalise ultimement dans l’épanouissement. Et, là aussi, l’individu retourne ses fruits, sa fleur, à la société qui l’a vu naître et éclore, qui fut une aide pour le devenir de son être.

La plante, l’individu épanouie -au plein sens du terme- n’a plus besoin de tuteur(s). Car c’est lui, dans sa majestueuse générosité, qui est devenu soutien. Il s’est acquis soi-même en tant que propre sujet. Sa sève, son sang, son encre est devenu sa propre volonté, l’expression de son individualité et la colonne vertébrale de son être.

Energie --puissance (formation, consolidation de l’énergie pure de l’être en devenir) –accomplissement comme autonomie.

par Olivier de V. publié dans : réflexion personnelle sur texte court
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Mercredi 29 mars 2006

« Et quoi que ce soit qu’on me raconte, je pense irrésistiblement que cela ne s’est pas passé comme ça » André Gide.

 

 

 

 

        Ainsi l’auteur de cette citation souligne sa méfiance, voire sa défiance, à l’endroit de la parole d’autrui. Ce « on », cet intrus qui s’introduit violemment dans sa subjectivité, et qui lui raconte des faits prétendument passés comme tel, lui fait « irrésistiblement », donc irrationnellement semble-t-il, déployer son implacable doute. Plus qu’un doute, un rejet.Est-ce le rejet irrationnel de l’inconnu, de l’étranger –qui pourtant donne à penser- en tant que tel, qui se trompe, malgré la vraisemblance de ses propos ? Propos qui dénotent la croyance en l’adéquation de ses dires à la réalité, donc qui ont un caractère vérace. Ou bien est-ce, plus profondément, le refus de la possibilité du raconter vrai objectif ?

« Pense irrésistiblement » mêle inextricablement le rationnel et l’irrationnel, l’ego cogito qui doute et celui qui subit l’objet  de ses doutes…

L’attitude semble trop dogmatiquement poussée pour y prétendre en tirer la part exacte de vérité et d’erreur. Même s’il y  a une certaine légitimité à prendre pour conte – donc à ne pas prendre à son propre compte (conte !)- ce que l’on raconte…

L’irréalité de l’imposture est néanmoins visible…, ce n’est là même pas un doute systématique, c’est bien plus –c’est symptomatique pourrait-on dire…-, c’est de rejet dont il s’agit, de cet agaçant « esprit de contradiction » dont fait preuve celui qui veut toujours avoir le dernier mot… A défaut d’être véridique –tout au moins.

Ce dogmatisme est dangereux, il témoigne d’une vaine prétention à vouloir tout vérifier, tout contrôler, tout maîtriser. Visée totalitariste.

Mais c’est humain peut-être dirons-nous ; trop humain sans doute que de vouloir ainsi hisser au sommet divin de l’indubitabilité son orgueil qui ne pourra que retomber… Orgueil atterré par la loi des sens… Loi de la terre qui remet à sa place et dans la réalité ceux qui, tel Sisyphe et son hybris (sa démesure), osaient prétendre atteindre l’idéalité de la réalité des dieux.

Notre condition est dans le sensible, c’est la caverne qui nous fait vivre et nous nourrit. C’est là le drame de ceux que la chair emprisonne, la liberté est dans la mort qui nous séduit…, victoire du spleen sur l’idéal… C’est aussi la liberté de l’Albatros…

Puisqu’il faut se résoudre à n’être pas dieu, contentons-nous en honnête homme de cultiver notre humain jardin. Attachons-nous modestement à cette tâche, en cultivant les sens, sans se déréaliser dans l’insensée idée que notre monde est le meilleur des mondes possibles…

Au fond, c’est bien la posture idéaliste difficilement tenable dans ce monde-ci qu’il s’agit de combattre.

Combattre la dualité de la réalité puisqu’il faut bien sauver les phénomènes… nécessairement  racontés ! C’est-à-dire médiatisés par le biais de la subjectivité.

L’idéalisme ici est un remède à la faiblesse, à la peur de l’altérité ! Acceptons pourtant cette altérité qui nous semble intruse ; cette inquiétante étrangeté, ne la rejetons pas !, puisqu’il faut d’abord en nous  la reconnaître… Le moi est un autre…, acceptons-le joyeusement et enrichissons-nous de lui, puisqu’il faut bien vivre…, et tâcher de danser … !

par Olivier de V. publié dans : réflexion personnelle sur texte court
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Mercredi 29 mars 2006

 

 

 

 

                Liberté, égalité, fraternité.

 

    Quels sont donc ces trois mots ? Correspondent-ils seulement au réel ? Reflet ou réalité ? 

    Ils semblent davantage briller d’un éclat indigne d’une caverne qui voit dans cette triade -ces ombres !- d’abord l’écho d’une réalité. Une réalité -à notre mal heur, sempiternelle- d’une teneur plus palpable, qui fait vivre et qui nourrit : Métro, boulot, dodo.

    Ou bien est-ce la victoire de l’idéal sur le spleen ? Victoire exprimée par des mots d’ordre scandés par une foultitude encore illusionnée ?  Triade qui fait vivre et qui rassure, qui console plus précisément, une multitude victime de son plein gré –une servitude volontaire…- d’un espoir pourtant désespéré.

    Car quelles compatibilités réelles entre la liberté et l’égalité ? Egalité dans une liberté idéale ? Qui ne reste qu’idéelle  dans l’égalité conçue par et dans notre abstraite humaine condition, trop humaine… ?  Et chacun de s’en faire sa petite, plus ou moins médiocre, idée… Idée qui procède d’un strict et lucide matérialisme ou d’un idéalisme des plus illusoires. C’est dire que du fatalisme, au fond peut-être le plus sage, de l’assentiment à la nécessité, à l’absolue illusion naïve d’une totale liberté d’action, de parole et de pensée, chacun,entre ces deux pôles, façonne idée à son pied… Puisqu’il faut bien marcher !

    Ou bien faut-il discerner la liberté dans l’idée même –idée pourtant tant martelée- d’égalité ? On va alors reléguer là la trop audacieuse et liberticide égalité à son juste statut. Juste mais bien faible statut, car factice, que celui prétendu de droit ! Qui n’est finalement que la force instituée du bon côté, de son côté naturel, celui des « plus égaux »…

    Ainsi l’égalité, de fait vaine prétention pour qui entend sauvegarder la liberté, se trouve réduite à l’égalité des droits. Ce qui certes n’est pas rien, mais qui s’avère insuffisant, voire impuissant à infléchir le réel qui est tout autre. 

    Et la fraternité, ce mot d’ordre à quoi est-il bon, celui-là ? Sans doute n’est-il que pour adoucir l’impossible compatibilité de fait de la liberté et de l’égalité. Impossible compatibilité pour qui entend bien ne pas appesantir l’exigeante liberté - qui élève- par la médiocre égalité- qui rabaisse.

 

 

 

 

Une justification, un aveu !, qui dit bien l’imposture de ces consoeurs apparentées.

Car, tel le « dodo » qui rachète et efface la pénibilité du « boulot » et du « métro », de même voilà que du chaos dialectique jaillit l’étoile dansante… Fraternité ! Ainsi  « le maître » dirait à « l’esclave » : « Ecoute…, c’est évident tu vois je suis plus libre et plus égaux que toi ici-bas…, mais t’en fais pas !, on est frère malgré tout ! On est humain… Je n’emporterai pas mes biens dans ma tombe… »

Ainsi de ce choc des antagonismes surgit la positivité de la fraternité ! Il fallait bien trouver quelque chose pour faire passer le morceau de la parité liberté-égalité, on a donc mis un peu d’eau dans son vin…, et on a tendu le verre à son voisin !

   Ces mots, cette triade sacrée… !, sont des maux qui font semblants de passer pour des biens en soi quand ils ne sont que des remèdes.

 Des leurres qu’on nous miroite mais qui toujours s’éloignent de nous quand on croit s’en approcher. Liberté, tel un petit oiseau qu’on a tôt fait d’étouffer quand on s’imagine délicatement le saisir. Egalité, autant parler du tonneau des Danaïdes, ou encore du rocher de Sisyphe…  Tout au plus un horizon, mais un bien dangereux horizon, qui nous fait subrepticement sombrer dans un gouffre de totalitarisme.  Reste la fraternité, mais, il faut bien le reconnaître, qui est surtout là quand ça va pas fort, quand on est plus grand-chose… , et surtout pas libre ! Ainsi je deviens « frère de camps », frère de galère dans cet enfer, puisque c’est dans les épreuves que naissent les profonds sentiments et autres témoignages de fraternité. Et encore…, il resterait à voir le vil et l’abject que cache et dissimule tel un camouflage cette prétendue camaraderie.

 

 

 

   Ainsi l’idéaliste se fait des idées pour pouvoir nous faire mieux porter, supporter, la réalité en elle-même désespérée. Imposture de l’idéalisme qui rachète l’inestimable réalité jugée intenable.

   Finalement peut-être mieux vaut-il alors faire « comme si ». « Comme si » tous ces objets, ces belles idées, ces beaux sentiments, étaient vrais. Tout en sachant qu’ils sont faux. Mais en l’oubliant un petit peu quand même… C’est peut-être cela la liberté… , la grandeur de l’absurde condition de Sisyphe…, la liberté rêvée et imaginée (créée !) de l’Albatros…

Puisque l’Idéal permet de supporter le Spleen…

 Autant alors diffuser ces idées, telle une triade une et indivisible,cependant distinguée dans ses principes, semblable à trois puissants pouvoirs… Et puisque l’on aime à raisonner par trois ! Puisque l’on aime les beaux mots, sans se soucier de leur adéquation à la réalité. Puisque ces trois idéaux sont irréalisables, autant les unifier dans une semblance de réalité. Attributs de l’Etat, ce monstre froid qui aime à produire de l’illusion en acier.

 Quant à la réalité ? , que chacun en fasse ce qu’il veut !, ce qu’il peut… 

 

 

 

 

 

 

Ces trois idéaux-horizons (plus statique que dynamique), dans l’esprit du citoyen nouveau, seront alors tout comme un paradis. Un et indivisible.

 Comme sur terre…, de l’unité dans la diversité ! 

 

 

 

Si chacun pouvait avoir tout au moins dans son esprit ce paradis, alors ce serait la chose publique qui transcende et nos conditions d’existence et leur diversité.

Dans nos esprits donc, à défaut d’être réalisable…  Que vive ainsi la République  !

   Voilà notre nouvelle prière. La Sainte Trinité est devenue : Liberté, Egalité, Fraternité.  Au noms du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. Amen.

 Nouvelle religion, on est relié aux autres de par nos communs idéaux.

 

 

 

 

par Olivier de V. publié dans : réflexion personnelle sur texte court
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 29 mars 2006

« Le fou qui se prend pour le roi est fou mais le roi qui se prend pour le roi ne l’est pas moins ». Jacques Lacan

 

 

 

 

Cette citation de psychanalyste laisse pour le moins perplexe et songeur. Davantage !, elle affole la raison… A moins qu’elle ne raisonne la folie…

Le fou, celui qu’on dit fou, ne se prend assurément pas pour un fou. Pour qui se prend-il donc ? Pour le roi, pardi !, puisque tous le considèrent et parlent de lui comme d’un personnage digne d’intérêt, et par conséquent hautement important. Le fou ne peut se prendre que pour le roi. Il n’est pas fou dans sa folie, puisqu’il a su discerner la réalité de son statut. De plus, il permet de normaliser ceux qui se prennent pour raisonnables…, eux, les fous !

Et pourquoi le roi qui se prend pour le roi ne serait-il pas moins fou ? Puisque lui aussi s’identifie à sa fonction sociale, digne de considération. Lui aussi se fait une idée de ce qu’il nécessairement n’est pas vraiment dans la réalité.

Le moi n’est pas en adéquation avec sa projection idéale étant donné que la subjectivité souvent cache l’objectivité du réel.

Mais alors,  où est la réalité ? Puisque nécessairement mon désir va la faire se confondre avec ma subjectivité ? Puisque ma projection, teintée de subjectivité, déforme nécessairement la réalité ? C’est dire que le sujet phénoménologique, dans sa visée intentionnelle, dévoile en dénaturant l’être de l’étant. (étance, ou étantité).

Le processus de subjectivisation de l’objectivité est à son summum lorsque je me prends pour nécessairement ce que je ne suis pas. Moi suis un autre, a-t-on dit, celui-là aussi était donc fou ?

Sommes-nous donc tous fou ?

L’animal, lui, ne l’est pas car il a un rapport direct et immédiat au réel. Lui n’a pas la prétention insensée de « se prendre pour ». Il est, tout simplement.

S’il n’est pas fou, c’est qu’il est raisonnable, car il ne présente pas cette réflexivité intrinsèque à l’homme, réflexivité qui donne accès à un retour sur soi, en une prise de distance qui peut égarer le réel en le dupliquant conformément aux désirs du sujet ; capacité de réflexion qui fait néanmoins de l’homme, comme on l’a dit -encore un fou !-, un animal raisonnable. Cette phrase est insensée, ma logique s’affole ! Mais continuons… Comment peut-on même se prendre pour un animal raisonnable, puisque je ne peux pas me prendre pour quoi que ce soit sans être taxé de folie ?

On revient alors à ce moi qui est autre, mais, décidément !, est fou qui l’affirme !

On dit que la folie dépasse -est en deçà et au-delà de- la raison. C’est dire que la folie pose des limites en délimitant la raison. Délimiter la raison…, c’est aussi dire qu’elle la définit. Définition de la raison : la folie. Quelle déraison !

Est fou ce qui n’est pas rationnel. Qu’est-ce qui fonde la rationalité en dernière –pour tout dire en première- instance ? C’est se questionner sur l’essence de la rationalité. Cette essence de la rationalité ne peut-elle pas n’être que l’irrationalité elle-même ? Voilà que la raison nous amène encore une fois à la folie !  Ce psychanalyste avait donc raison ( !) : la folie est partout, elle s’infiltre inéluctablement par tous les pores du raisonnement.

Encore une fois, je ne quitte pas mon monde puisque je ne peux m’affranchir de ma subjectivité qui me voile le monde d’une teinture égoïste. Pour moi alors, mon monde est le monde. Y a-t-il donc des milliards de mondes sur cette planète ? C’est pas fou,ça ?!  Piège du solipsisme. Je suis fou de croire que tu existes en dehors de ma subjectivité –puisque je ne peux le démontrer ! Tu n’es qu’un phénomène que mon esprit imaginatif fabrique pour se divertir. Vos mondes, le monde même, n’existent pas indépendamment de mes désirs, en dehors de ma volonté ! Je suis le principe de toute chose, je suis l’alpha et l’oméga, je suis l’Absolu !

Mais qui est ce « je » qui parle ? Ne se joue-t-il pas de moi ? Se prend-il pour moi, ou bien est-ce moi qui me prends pour lui ?   Dieu, moi, je, « je » suis donc fou, puisque je crée des relations. Tout comme l’auteur de cette citation, pour qui se prend-il à tenir des propos pareils ? Pour un psychanalyste ? Quelle folie !

     

par Olivier de V. publié dans : réflexion personnelle sur texte court
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 15 mars 2006

 Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal (1861)

Hymne à la Beauté

 "Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme,
Ô Beauté ! ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l'on peut pour cela te comparer au vin.

Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.

Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.


Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.


L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L'amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l'air d'un moribond caressant son tombeau.


Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe,
Ô Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton oeil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte
D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ?


De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
Qu'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! -
L'univers moins hideux et les instants moins lourds ?"

par Olivier de V. publié dans : Cheminement-fragments.
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Samedi 4 mars 2006

   A l'époque des désillusions, des grandes utopies échouées, à l'heure où les grands espoirs du collectif politisant (socialisme, communisme) se sont fourvoyés dans l'idéalisme statique, le "pari" de l'individu resurgit. Va-t-il être à la hauteur de la tâche qui lui incombe?    Un systême économique tendancieusement capitaliste s'est naturellement inscrit dans la mouvance-toujours accrûe- du progrès technique et des droits-revendiqués plus que jamais-de l'individu.          La liberté de l'individu s'efface de plus en plus sous le joug du collectif. On ne peut plus se battre collectivement contre les forces oppressantes, contre l'ordre établi. Les forces de la vie et le dynamisme fécond ne se rétablissent qu'à l'échelle, si on peut dire, de l'individu.  C'est d'abord au niveau individuel que se manifeste la puissance de l'agir authentique. C'est désormais seul sur un mode moléculaire que la révolte est possible. Pour reprendre le terme Deleuzien. L'affirmation est essentiellement l'éveil politique de l'individu. Qui se considère comme le seul responsable, étant au fondement, de son dire et de son agir.   ....

par Olivier de V. publié dans : Cheminement-fragments.
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus