Spirale ascendante

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Présentation

  • : Alchimie du verbe; tentatives d'ouverture aux interstices
  • : philosophie
  • : Une relation (un rapport au monde, aux êtres et aux choses) qui demeure en définition... Quelques délires... aussi. Des bêtises on croira...-- entre lesquelles, pourtant, quelques pépites... Bref... ici sont posées certaines choses qui me passionnent, qui me touchent. Un petit atelier de chercheur de vérités-- si l'on peut parler de "vérités". Du spontané plus que du fini. Mais cela dépend... Bonne lecture !
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      Du lire et de l'écrire

 

  "De tout ce qui est écrit, je n'aime que ce qu'un homme écrit avec son sang. Avec du sang écris, et tu apprendras que sang est esprit.

Il n'est guère facile d'entendre le sang des autres: d'oisifs lecteurs me sont odieux.

Qui connaît le lecteur, pour le lecteur celui-là plus rien ne fait. Encore un siècle de lecteurs -et l'esprit même sera puant.

[...] En montagne, de cime en cime va le plus court chemin; mais pour le prendre il faut avoir de longues jambes. Que cimes soient les sentences, et ceux auquels on parle grands et altiers!

L'air rare et pur, proche le danger et l'esprit plein d'une joyeuse malice: comme tout cela ensemble s'accorde bien!

Autour de moi je veux avoir des farfadets, car je suis courageux. Courage dont s'effarouchent les spectres lui-même se crée des farfadets, -le courage veut rire.

Plus ne sens avec vous; ces nuées qui au-dessous de moi s'offrent à ma vue, ces choses noires et pesantes dont je me ris, -précisément ce sont vos nuées d'orage.

En haut vous regardez quand de hauteur avez envie. Et je regarde en bas car je me tiens sur les sommets.

Qui de vous tout ensemble peut rire et se tenir sur les sommets?

Qui gravit les plus hautes cimes se rit de toutes les tragédies jouées et de toutes tragédies vécues.

Courageux, insouciants, railleurs, brutaux, -tels nous veut la sagesse; c'est une femme et qui jamais n'aime qu'un guerrier.

Vous me dites: "La vie est pesante à porter." Mais pourquoi donc auriez-vous avant midi votre fierté, et le soir votre soumission?

La vie est pesante à porter; mais ne soyez donc si délicat ! Nous sommes tous de jolis ânes et de jolies ânesses aux reins solides.

Qu'avons-nous en commun avec le bouton de rose, qui frémit dès qu'une goutte de rosée pèse sur son corps?

C'est vrai; si nous aimons la vie, ce n'est par habitude de vivre, mais c'est par habitude d'aimer.

Il est toujours quelque délire dans l'amour. Mais toujours aussi il est quelque raison dans le délire.

Et moi-même, qui bien m'entends avec la vie, il me semble que papillons et bulles de savon, et tout ce qui parmi les hommes est de leur sorte, de l'heur ont le mieux connaissance.

Ces petites âmes légères, folles, élégantes, mobiles, à les voir qui voltigent  -Zarathoustra est entraîné aux larmes et aux chants !

Je ne croirais qu'en un dieu qui à danser s'entendît !

Et quand je vis mon diable, lors je le trouvai sérieux, appliqué, profond, solennel : c'était l'esprit de pesanteur -par qui tombent toutes choses.

Ce n'est par ire, c'est par rire qu'on tue. Courage ! Tuons cet esprit de pesanteur !

J'ai appris à marcher; de moi-même, depuis, je cours.

J'ai appris à voler; pour avancer, depuis, plus ne veux qu'on me pousse !

Maintenant je suis léger, maintenant je vole, maintenant me vois au-dessous de moi; par moi c'est maintenant un dieu qui danse.

     Ainsi parlait Zarathoustra."

 -Nietzsche-

Mercredi 27 juin 2007

Le “ dernier homme ” de Nietzsche : quelques aspects d’un “ personnage conceptuel ”

 

 “ Il y a, chez les femmes et chez les hommes de ce temps, une manière plutôt souveraine de perdre pied sans angoisse, et de marcher sur les eaux de la noyade du sens. Une manière de savoir, précisément, que la souveraineté n’est rien, qu’elle est ce rien dans lequel le sens, toujours, s’excède. Ce qui résiste à tout, et peut-être toujours, à toute époque, ce n’est pas un médiocre instinct d’espèce ou de survie, c’est ce sens-là ” (Jean-Luc NANCY, Le Sens du monde, Galilée, 1993, p. 11)

 “ Petits et grands ”

 

 Jamais l’homme n’a été aussi “ petit ”. Jamais il n’a été entouré, habité, préoccupé par d’aussi “ petites choses ”. Cette rengaine nous est connue. C’est un “ microcosme de petites choses ” qui caractérise une heureuse modernité. Car, comme on le sait aussi, cet homme moderne, l’homme d’aujourd’hui, le “ dernier homme ” a “ inventé le bonheur ”, non seulement un bonheur à sa mesure, mais son bonheur comme mesure de toutes choses. Le dernier homme ne sait plus admirer parce qu’il n’y a rien, désormais, de plus grand que lui. L’homme moderne est petit parce qu’il a réalisé la formule de Protagoras. Il est petit parce qu’il est trop humain. Trop humain, parce que totalement humain, humain de part en part. Plus tard, un lecteur de Nietzsche dira que “ l’humanisme ne situe pas assez haut l’humanitas de l’homme... ” (Martin HEIDEGGER, Lettre sur l’humanisme , Questions III)

Tout cela nous ne le savons que trop bien, nous, lecteurs de Nietzsche, et lecteurs de ses lecteurs, c’est-à-dire des grands philosophes du XXe siècle. Et ce savoir nous embarrasse. Non parce que cette description nous dépeindrait trop cruellement. Lecteurs de Nietzsche, de telles considérations nous détachent au contraire du “ troupeau ”. Mais tel est bien ce qui nous gêne. Il y a là prétexte à une posture aristocratique qui ne nous convient pas. La Science Sociale nous avertit heureusement de nous méfier de ces postures “ distinguées ”. Et nous n’apprécions guère qu’on puisse nous accoler l’expression devenue triviale de “ nietzschéisme de bazar ”. Eh quoi... La lecture de Nietzsche serait-elle redevenue inconvenante ? Nietzsche ne serait-il accessible qu’épisodiquement ?

À vrai dire, cette gêne qui est la nôtre lorsque nous entendons évoquer sans cesse la “ petitesse ” des hommes modernes, nous vient surtout d’un enseignement qui est celui de Nietzsche lui-même : les “ grandeurs ” du passé étaient mensongères. Le nihilisme a commencé non pas quand les valeurs, les “ suprêmes valeurs ”, se sont écroulées, mais au moment même, qui a duré des siècles, où l’on a monté leur échafaudage. La modernité, au sens du nihilisme, de l’époque des “ riens ”, des “ petites choses ”, ne date pas d’hier. Les “ hommes supérieurs ”, ceux qui ont construit les “ valeurs suprêmes ” ont été les premiers “ grands ” nihilistes. Et cela ne trompe d’ailleurs pas le personnage qui nous intéresse ici, “ le dernier homme ”, le plus méprisable des hommes : “ Vous, les hommes supérieurs, – ainsi parle la populace en clignant de l’œil – il n’y a pas d’hommes supérieurs, nous sommes tous égaux... ” . Il ne faut donc pas se leurrer dans notre lecture de cette “ économie des grandeurs ” à l’œuvre dans les textes de Nietzsche. La plupart de ceux auxquels la Culture a décerné le titre de “ grands hommes ” sont pour Nietzsche de “ Grandes-Têtes-Molles ”. Il y a incontestablement un côté Ducasse chez Nietzsche : lorsqu’on lit les portraits des Sénèque, Rousseau, Schiller, Dante, Kant, Hugo, Liszt, Sand, Michelet, Carlyle, Mill, Goncourt et Zola dans le Crépuscule des Idoles, c’est le “ passé hideux de l’humanité pleurarde ” que l’on croit passer en revue. C’est donc, en un sens, “ ce qui nous fait honneur ” de nous être débarrassé des grandiosités de la tradition : “ S’il est une chose qui nous fait honneur, c’est celle-ci : nous avons placé le sérieux ailleurs : nous prenons au sérieux les choses inférieures méprisées et laissées de côté par toutes les époques – nous faisons en revanche bon marché des “beaux sentiments”... ” L’alimentation, la résidence et le climat sont des problèmes plus importants que le salut de l’âme. Ecce homo nous donne à ce sujet de précieux conseils.

 D’autre part, remarque Nietzsche, les civilisations sont assez peu reconnaissantes à l’égard de ceux qu’elles finiront par “ panthéoniser ” : “ Au fond, toutes les grandes civilisations éprouvent à l’égard du “grand homme” cette profonde angoisse que les Chinois ont été les seuls à s’avouer dans ce proverbe : “le grand homme est une calamité publique”. Au fond, toutes les institutions sont conçues de manière qu’il se forme aussi rarement que possible et ne croisse que dans les conditions les plus défavorables : quoi d’étonnant ! “Les petits ne se soucient que d’eux-mêmes, que des petits ”. Nietzsche – le “ mécontemporain ” – ne rêve donc pas à une “ belle époque ”, à une “ grande époque ”, qui serait perdue. Sans cesse, il manifeste son opposition à ce qu’il nomme, dans l’avant-propos de 1886 au deuxième tome d’Humain trop Humain, le “ pessimisme romantique ”. À ce pessimisme qui n’est que l’envers de la niaise canaillerie optimiste des modernes, Nietzsche oppose son “ pessimisme intrépide ” : “ ... j’ai retrouvé le chemin de ce pessimisme intrépide qui est le contraire de toutes les hâbleries idéalistes... ” . Il n’y a plus que les bouffons aujourd’hui pour se mettre en quête de la grandeur perdue. Il n’est que trop aisé de repérer ceux qui, au vingtième siècle, auront endossé l’habit de l’illusionniste décrit dans la dernière partie du Zarathoustra : “ O Zarathoustra, j’ai lassitude, de mes tours de magie suis écœuré, je ne suis grand, à quoi bon feindre ? Mais tu le sais bien – de grandeur je fus en quête ! / De grand homme voulais faire figure, et nombreuses furent mes dupes. Or ce mensonge a dépassé mes forces. Contre lui je me brise ”.

par OdV publié dans : Cheminement-fragments.
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Mercredi 27 juin 2007

A l’adolescence, on a peur de l’avenir comme quelque chose de non maîtrisable. En effet, l’adolescent veut tout maîtriser : son corps, son look, sa pensée, ses relations… Son intuition de l'impossibilité de tout maîtriser le pousse à trouver refuge par tous les excès possibles... C’est lorsqu’il renonce à cette maîtrise permanente qu’il peut envisager l’avenir sans vivre dans la crainte permanente de cette part d’inconnu que celui-ci réserve toujours et dont on n’est pas maître. Ainsi l’adolescent devient adulte en lâchant prise. C’est ainsi qu’il acquiert solidité et sérénité.

On peut établir un intéressant parallélisme entre le développement d’un individu dans ses grandes phases et celui de l’humanité. Peut-on considérer que l’humanité (du moins une partie) était dans une phase de maturité proche de l’adulte au temps de la Grèce Antique ? Et que le Moyen Age est à prendre comme une phase de régression ? Puis la Renaissance… ?

Quoi qu’il en soit, il est manifeste que nous sommes dans une époque adolescente (certains disent adulescente pour caractériser ce mélange de vie et d’obligations adultes avec un esprit juvénile ; pour ma part je doute que nous soyons réellement adulte). En effet, nous sommes englués dans notre présent dans un temps un peu irréel que nous fuyons notamment dans la consommation effrénée. Devenir adulte, c’est avoir moins peur de demain. Or, il semble que nous ayons peur de l’avenir, traumatisés que nous demeurons par notre passé bien difficile à dépasser. Névroses contemporaines. Or il est impératif que nous dépassions ce passé, au lieu de le refouler (d’une manière ou d’une autre), et que nous nous tournions résolument vers l’à venir : Il est grand temps de devenir adulte.

par OdV publié dans : Cheminement-fragments.
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Vendredi 22 juin 2007

 

Ou: Du contresens des entreprises aujourd'hui, qui tuent les forces dont pourtant elles s'alimentent.

Dialogues avec un prof-chercheur à l'EM Lyon. A suivre...

1/

            L’entreprise serait de plus en plus le lieu où, selon les termes de Lacan, le ‘moi’ prendrait le pas sur le ‘sujet’, faute d’attention suffisante portée à la parole. L’entreprise en effet est le lieu de l’information et de la technique au détriment de la parole et du langage humain. C’est-à-dire que le primat accordé est à l’objectivation plus qu’à l’intersubjectivité et au ‘désir de l’autre’. Parce que -notamment mais je pense que ce n’est qu’un symptôme et non pas une cause profonde explicative et constitutive de cette ‘chosification’ des êtres qui composent une entreprise- elle se concentre de plus en plus sur l’écrit. Et pourtant seule la parole permet l’ouverture authentique à l’autre et la confiance. Par ce manque de parole, l’entreprise s’inscrirait davantage dans une logique de fermeture que dans une logique d’ouverture à l’autre. Ce qui est très grave. Ce qui fait perdre sens aux choses. Car le sens exige un sujet. Et un contexte.  

 Il y a des ‘fonctions’, c’est-à-dire des compétences et des ‘étiquettes’, et c’est à peu près tout.  Ainsi l’individu est réduit essentiellement à sa fonction, qui plus est : il a tendance à se réduire essentiellement à sa fonction. L’ouverture à la différence, qui est pourtant essentielle dans la juste reconnaissance d’autrui, est réduite à la reconnaissance d’un autre moi qui a des compétences différentes’. Le sujet distinct n’existe plus, et ne peut plus exister. Cela peut s’expliquer par le fait que dans une entreprise tout doit être prévu, prévisible, managé, calculé, bref tout doit être maîtrisé rationnellement, au lieu d’être aussi senti, ressenti, saisi- par la sensibilité, par l’intuition.

            Dans cette situation qui refuse l’imprévu, l’inattendu  il n’est pas étonnant que la parole soit absente. Car la parole vraie s’ouvre à l’inexpecté, écoute profondément la différence, l’altérité. Elle engage à la réciprocité, à la responsabilisation. Ainsi donc mieux être amènerait aussi à mieux faire, mieux travailler dans un environnement plus humain, à l’écoute de l’humain et non pas seulement simplement réactif aux informations d’’employés-machines’. C’est l’intelligence humaine. C’est ce qu’il faut préserver.

2/

La parole du sujet se découvre dans l’expérimentation et non pas dans la représentation conceptuelle. Peut-on vraiment sortir de la représentation ? Pour Kant, seuls les phénomènes (et non pas la ‘chose en soi’) nous sont connaissables, par et dans la représentation rationnelle. On pourrait avancer que l’expérimentation fonde, est le socle, la condition de possibilité de, la représentation. L’expérience est donc première, fondamentale. Avant que d’être cet être que je me représente comme doué de raison, je suis d’abord celui qui éprouve, celui qui s’éprouve et qui fait l’épreuve de son humanité, de son origine, de l’altérité. Etre auprès de cet origine, c’est être vivant, parce que fondamentalement ouvert. La sensibilité est réception, c’est un laisser-venir. Je retrouve des conceptions heideggériennes, voire nietzschéennes, bien plus que kantiennes (ou cartésiennes). La raison pure (existe-elle ?) dissèque le réel, pour mieux l’appréhender, mais du coup, elle le réduit essentiellement. Pour aller encore plus loin, la ‘raison pure’ tue le réel, tue le vivant qui ne peut se laisser enfermer dans des représentations a priori. (C’est aussi, là, commettre un acte de racisme à son égard). Comme on le note souvent, une procédure, une logique, poussée à son extrême, en devient complètement contre-productive vis-à-vis de son intention première. En effet, le développement des sciences, de la raison et de la technique ne partait-il pas de la volonté de mieux connaître notre environnement-monde, de la volonté de « se faire comme maître et possesseur de la nature » ?  

La vie s’éprouve, elle ne se conceptualise pas. De même la pensée la plus profonde et la plus authentique, pour Heidegger, est un « laisser-venir », c’est une méditation bien plus fondamentalement qu’un calcul, qu’une technique.

Comment viser l’efficacité  sans en perdre, par là même, la parole ? est une question essentielle, en ce qu’elle touche cet origine dont nous essayons de parler.  L’écoute semble être une clef. Une écoute véritable vient d’un individu qui, aussi, s’écoute. Est à l’écoute. Etre en sympathie avec les êtres, avec le monde. C’est sentir, ressentir la souffrance, le poids, parfois, du réel. C’est par là délester les individus de ce poids, pour les faire gagner en légèreté.  Une légèreté qui demeure à être gagnée dans la Modernité , bien lourde et empêtrée dans ses contradictions.

Louis Dumont nous parle de l’Inde, nous parle de la Chine , économies émergentes, puissances de demain. Ce qui permet de mieux saisir nos différences. De ces sociétés avec le ‘monde occidental’. Sociétés holiste, dans lesquelles le tout prime sur ses parties, organisées de manière très hiérarchique d’un côté, et société individualiste, égalitariste qui vante les droits de l’homme et sa liberté de l’autre.  Je ne peux m’empêcher de rapprocher l’Inde, dans cette définition certes un peu courte, de la Grèce Antique. Le passage des Anciens aux Modernes n’aurait-il donc eu lieu que pour nous Occidentaux arrogants qui avons érigé en norme, en paradigme même,  notre fonctionnement et nos approches des choses avec le concept « universel » ?...

Sans voir que notre fonctionnement depuis au moins les Lumières nous a lentement amené vers une perte de sens, de désenchantement, et finalement d’appauvrissement bien davantage que l’enrichissement matériel que nous portons fièrement tel une idole qui nous rassure, nous légitimise, nous masque et pourtant qui nous démasque aussi en même temps ? Est-ce notre volonté d’affranchissement de toute transcendance qui nous a amené à en mettre énormément peut-être trop, sur les épaules bien frêles de l’individu, de l’humain ? Pourtant, comme dirait Luc Ferry, nous ne nous sommes pas débarrassés de ces transcendances, lui qui parle de « trancendances immanentes »…Quoi qu’il en soit il semble bien que nous ayons perdu le Nord… Et que cette perte n’a pas encore fini de nous tourmenter…

 

 

3/

 

Au fond, le réel, « le cœur du réel pur » qui est la vie, selon les mots de P.Valéry, est antérieur à toute représentation, est plus originaire. Il ordonne les différences dans un très fort lien symbolique, qui unit les êtres simplement par la vie qu’ils éprouvent.  Dans la Modernité , on constate un effondrement de ce lien, qui est la marque d’un certain rapport à la vie. Relation à soi, et, partant, relation à autrui, s’en sont trouvées profondément perturbés.

 

 

 

Vous proposez une anthropologie fondamentale qui, au-delà des différences (notamment culturelles), nous permettrait de travailler à retrouver ce qui fait notre fond commun. Celle-ci serait  sinon partie intégrante du management et de l’économie, du moins conciliable avec les impératifs de ces ‘sphères’.

Il s’agirait alors de laisser être la parole, et l’écoute,  de « laisser advenir » ce qui doit advenir, de se décentrer par rapport à l’égo cogito, bref de demeurer au plus proche de ce qui nous fonde (la vie, l’humain) ; cela requiert une certaine passivité.

 

 

 

Ce ‘billet’, cette fois, va être un peu plus polémique, plus critique.   Pas nécessairement sur le fond, que je crois comprendre et avec lequel j’adhère, mais sur la forme. Mais, finalement, la forme n’est-elle pas profondément liée au fond ?...  Alors cette critique va-t-elle aussi porter un peu sur le fond.

Dans une de vos ‘slides’, vous mentionnez la « gestion (…) accordée ou non à l’écoute », dans l’entreprise, pour rendre possible la parole qui ouvre à autrui et à la « dimension du Réel ». (Je souligne). Dans une autre, vous nous dites qu’il faut « être géré par la vie ».  Ne faut-il pas d’abord changer de vocabulaire ?

De plus, en acceptant ce vocabulaire, est-ce réellement là un précepte qui s’enseigne ? « Gérer votre vie en étant humain ! » ; cela ne me semble pas avoir de sens, car l’anthropologie fondamentale que vous enseignez est peut-être vaine dans la mesure où seuls ceux qui ont des oreilles pour l’entendre l’entendent effectivement. Peut-être suis-je là un peu pessimiste… Je vais encore être plus radical : Ne faut-il pas admettre que cela est au-delà/ en-deçà de la parole rationnelle, du fait que le langage articulé est une représentation, et que, du coup, il n’y a aucune chance de pouvoir enseigner ce qui se saisit seulement par et dans l’expérience ?

En outre, la structure même de l’entreprise n’étouffe pas t’elle nécessairement cette parole située ailleurs, dans les ‘interstices’ ? Ailleurs que dans la recherche du profit et de l’efficacité ; mais bien dans le cœur et dans le corps de l’homme ?  La vocation de l’entreprise est de faire du profit, ce qui n’est pas condamnable en soi, mais alors comment exiger d’elle de mettre l’homme en son centre alors que c’est bien le profit qui est en son ‘cœur’ ?  Il serait bien beau de mettre l’humain et la parole au cœur de l’entreprise, mais alors quid est de l’efficacité, du profit, de la planification ?  Sa finalité ne serait-elle pas par là-même très souvent obstruée et contrainte par des problèmes d’ordres individuels, ici et là ?     Evidemment, ce discours est certes un peu caricatural, mais tout de même.., je me demande si c’est vraiment possible dans l’état actuel des choses. Bien sûr, on peut trouver des exceptions remarquables…

 

 

 

Nietzsche nous dit, à juste titre me semble-t-il, que la réduction du réel au rationnel ne date pas d’hier. Que cette appauvrissement et désenchantement du monde ne date pas de Galilée, de Descartes ou de Kant. Mais bien plus loin avant, ce serait avec Socrate (et Platon)-je ne fais ici pas de distinction (ce n’est pas l’objet de cette fiche)- que l’humanité aurait commencé sa longue déchéance.  Les Présocratiques n’avaient pas encore disséqué le réel en concepts rationnels, ils n’en était pas pour autant immoraux ou illogiques ; ils étaient dans une ‘totalité’ qui prenait en compte l’ensemble des forces de la vie et du corps. Ils ne figeaient pas les choses, mais demeuraient dans la dynamique de la vie, enthousiastes, ils faisaient corps avec le monde.

Bien sûr, il y a des écoles de pensée plus vivante, il y a des empiristes, il y a Hume, il y a Nietzsche, Husserl , Merleau-Ponty, Michel Henry et bien d’autres… Mais ceux-là passent en fac de philosophie comme des dissidents, comme des marginaux, voire des anti (ou contre)-philosophes.  Ceux-là qui pourtant sont les plus ‘réalistes’-au sens où vous l’entendez.  C’est là un signe, un symptôme que la Modernité , mais pas seulement, se serait toujours détourné du réel, pour un ailleurs plus stable et plus rassurant…  Et tenter d’expliquer tout cela très rationnellement n’est-ce pas encore s’éloigner de l’origine, faire abstraction de la vie ?... D’où le langage poétique d’un Nietzsche ou d’un Heidegger …  Il y a quand même une énorme différence, vous en conviendrez, entre la langue de Kant et celle d’un Nietzsche…  Cela fait signe… C’est le premier qui a ‘gagné’, qui est un des paradigmes de notre Modernité, et le second qui ‘a perdu’… C’est étrange, non ?    

4/

           Lors de divers entretiens (hec, em, PwC,etc.) en vue d'intégrer une école ou de décrocher un travail, entretiens que j'ai passé ces dernières années, j'ai eu l'occasion de faire le constat d'au moins deux attitudes dominantes, caricaturales et opposées, de la part du/des recruteurs.

           La première attitude consiste à entretenir une distance formelle et, par cette dynamique de fermeture, l'aspirant-recruté est mis dans une position défensive qui le pousse à se conformer à des cadres (pré-établis); partant, à bien jouer, avec justesse- et tenir- son rôle.  

Cette distance instaurée par le défaut, ou le manque qualitatif, d'écoute et d'intérêt à l'encontre du candidat, par une indifférence, voire une hostilité, clairement affichée (s), ferme  , à mon sens, plus qu'elle ne dévoile, le potentiel, ou la compétence, réelle du candidat.

Car on lui demande, notamment par des questions déstabilisantes, de jouer un jeu qui évite un échange authentique. "On" le pousse dans l'imaginaire. Le candidat joue alors le "bon candidat", du moins il essaye, et il a tendance à circuler , dans ses réponses, parmi les stéréotypes. A partir des images qu'il se fait d'un bon candidat.

          La deuxième attitude rencontrée, au contraire s'inscrit dans une dynamique d'ouverture. Ainsi elle permet la parole véritable, l'échange et la découverte de l'autre. 

Car elle installe, sur le terrain de l'humain, un lien de confiance.   Cette confiance est permis par le respect, lequel implique, notamment, l'écoute attentive. Il y a dans cette attitude de la dignité; quelque chose d'humain profondément qu'on ne retrouve pas dans la première attitude décrite, et subite par le candidat. Cette dimensiion de reconnaissance permet à l'individu de se manifester, dans (et par) sa "sphère" la plus personnelle, la moins superficielle. Il s'agit à un désir, à des goûts, à des aptitudes de se manifester.       

Extériorisation de l'intériorité. 

          La fermeté et le "verrouillement" orchestrés par la première attitude est bien entendu contre- productive.   C'est la raison pour laquelle, me semble-t-il, elle est de plus en plus délaissée au profit de comportements plus humains. Ce changement est heureux, même s'il s'opère pour des 'raisons' qui ne sont pas nécessairement les bonnes. 

Si c'est en effet un simulacre d'ouverture, une technique, c'est alors de la dérision de la parole.

          Deux attitudes radicalement opposées: l'une étouffe, l'autre accueille. 

Bien sûr, la seconde attitude décrite m'a mis bien plus à l'aise et c'est généralement dans ce type d'échange que j'ai réussi mes entretiens.

Dossier final:

De la difficulté de l’émergence de la Parole en milieu professionnel.

 

Contexte : le défaut de Parole en « Open Space », travail dans une banque. Etienne S, étudiant à l’EM Lyon, est en stage à la Société Générale , en tant qu’analyste financier, depuis avril 2007, à la Défense , près de Paris.  

 

Il me fait part de ses difficultés à trouver une réelle écoute dans le cadre de son stage en « Open Space ».

 

 

-Alors ? Comment se passe ton travail ?

 

« Ouais… ça va…  Mais c’est dur, quand même. On travaille de 9h à 21h, parfois plus, dans une grande salle au milieu de laquelle sont installés deux rangées d’ordinateurs.  On est une quelques dizaines de stagiaires et quelques seniors qui travaillent avec nous, et nous encadrent. »

 

 -Et comment est l’ambiance, je veux dire, la relation que tu entretiens avec tes collègues te satisfait-elle ?

 « En fait, c’est pas terrible je trouve les gens un peu froids, ils se prennent très au sérieux. »

 

 -Comment ça, tu peux développer ce point s’il te plait ?

 « Bah… tu vois le truc c’est qu’il faut bien se faire voir, donc paraître motivé et assidu. On travaille à la tâche, les ‘petits malins’ pensent qu’en travaillant vite, ils rentreront plus tôt. En réalité il y a toujours du travail supplémentaire. Et on quitte le bureau toujours vers 21h, tu sais on est que des stagiaires… Vouloir rentrer chez soi plus tôt serait très mal vu. Ce qui est assez choquant je trouve, c’est qu’il n’y a pas, du moins là où je travaille, vraiment de solidarité entre les stagiaires. Il règne plutôt un esprit de compétition informel et assez froid. »

 

 -Tu as des exemples concrets ?

 « Oui, je t’en avais déjà parlé, mais c’est lié à cette structure de travail : tu sais, au début, deux semaines environ après mon arrivée dans cette boite, j’ai vite appris que certaines personnes, ayant exactement le même cursus scolaire que moi, et faisant le même job, étaient mieux payés que moi. Oh, pas énormément !, environ 150 euros…  mais quand même ça m’a intrigué, et je me suis mis en tête de trouver les grilles de salaires pour comprendre comment sont fixés les rémunérations des stagiaires. Question de transparence tu vois. Et bien j’ai vite abandonné cette idée : impossible de parler au manager sans que les autres le sachent ! Il n’y a aucun endroit où l’on peut parler de choses personnelles !

Et quand j’ai fait la remarque à certains de mes collègues, soit ils n’ont pas vraiment compris ce que je disais -du moins c’est l’impression qu’ils m’ont donné- soit ils ont tourné cela en dérision ! »

 

-Oui, je comprends… c’est pas facile…, on en reparlera plus tard si tu veux. D’ici-là, bon courage à toi !

« Oui, pas de problème. Merci. Car là je commence vraiment à en avoir raz le bol ! Profite bien de tes vacances avant ton propre stage…  A bientôt ! »

 

 

 

  

Ainsi, comme malheureusement l’illustre la situation d’Etienne, il n’est pas toujours aisé de trouver une oreille attentive au sein de l’entreprise. Oreille attentive à autre chose que des rapports de productivité, des planifications de ventes, des graphiques de croissances. Dans l « Open-Space » d’Etienne, on communique, certes, mais on ne parle pas. D’ailleurs le « on » impersonnel, interchangeable et fade, ne parle jamais. On communique.

            Chaque individu est réduit à n’être qu’une  « ressource », qui, comme un outil, est là pour accomplir la fonction qui lui a été attribué.  Le corps a disparu, on ne peut voir à sa place que des compétences. Pour un peu, à chaque individu serait attribué un numéro…

            Dans l’endroit où travaille Etienne, il n’y a pas de problèmes personnels, seulement des problèmes de méthodes de calculs, des problèmes de tableau Excel, des problèmes de productivité. On étiquette et classe les gens d’après leurs compétences particulières : untel maîtrise très bien Excel, unetelle est parfaitement bilingue,…

Toutes les procédures de communication sont parfaitement informelles, le réel ce sont les données de l’ordinateur. Tout passe par cette machine et par le prisme des représentations abstraites. Pas étonnant que l’atmosphère générale soit froide, lourde et exécrable,…  Bref, elle manque d’humanité, à l’instar de ces machines qui sont les Dieux nouveaux qui soutiennent  la marche insensée du monde…  Il y règne un fort esprit de compétitivité : lequel sera le plus performant, le plus puissant..., bref qui va se rapprocher au plus près des nouvelles idoles les ordinateurs ?    Celui-là sera adulé, admiré. Déni de la vie, déni du désir, déni du ressenti.  Inversion des valeurs… la machine contre l’humain, la mort contre la vie… Perversion qui met le visible à la place de l’invisible, la compréhension intellectuelle abstraite (donc abstraction faite de…) à la place de l’éprouvé du sensible, la forme à la place du fond… Cette inversion techno-scientifiquement légitimée voile le réel de la vie incarnée. Prend une posture qui démasque une imposture. Elle dissimule dans l’exactitude et la cohérence du discours et du savoir le mensonge de la représentation  et dissimule la vérité de la présence. Présence qui se fait cruellement ressentir – pour ceux qui savent encore écouter leur ressenti- par et dans son absence.

            Etienne m’a raconté, ailleurs, une anecdote qui illustre bien cette fermeture profonde d’un certain nombre de gens qu’il a rencontré dans cette banque. C’était le jour de son arrivée, son premier jour, donc. Il s’est trouvé assis près d’une stagiaire, comme lui, chacun face à son ordinateur. Pour entrer en contact avec elle, pour faire un peu connaissance, il lui a demandé, assez naturellement, de quelle école elle venait. Elle lui a répondu : « De l’EM Lyon ». Il a pris un air faussement moqueur, voire un peu déçu : « Ah… De l’EM Lyon ?... C’est pas terrible comme école…, ça. »  [Bon… Etienne est un blagueur, ça l’amuse de ‘titiller’ les gens ; il m’a assuré, et je le crois, que sa réflexion n’était pas méchante du tout, juste un poil ‘taquine’. Je rappelle qu’il est aussi de l’EM !]   La fille a pris un air pincé, voire courroucée ; et Etienne, pour la rassurer, a éclaté de rire en révélant qu’il était aussi à l’em. Rien n’y fait : la fille est restée vexée, et le considère maintenant presque avec mépris. Elle n’a pas toléré cet humour déplacé.  Etienne est un garçon jovial, et pas vraiment timide, tout en demeurant assez fin. Je crois pourtant que d’autres mésaventures semblables à celle-ci lui sont arrivés depuis.

 

 

 

 

            Cette anecdote rejoint bien notre thème de la difficulté de l’émergence de véritables échanges inter-personnels qui seraient expression d’une certaine densité qui se trouve étouffée, inscrite et figée qu’elle est par et dans les structures de fonctionnement de cette entreprise. Ce qu’il nous dit sur l’impossibilité de parler à un manager de choses plus personnelles est éloquent. Le côté humain est banni de cette « open space », tout est fait pour ne donner aucune prise à l’émergence de l’imprévu, de l’’anarchique’ (sans gouvernement), du désir, de l’humain.  Ici, tous sont interchangeables. L’individu n’existe plus, c’est un sujet qui est dissout dans le collectif qui le broie.  Etonnant que l’ « open space » qui fait écho à un lieu d’ouverture, de solidarité, de partage et d’entraide soit à ce point un « closed space ». Cette espèce de communisme dans un haut lieu du capitalisme donne à penser…  

      

         Tout d’un coup, imaginant cet endroit, je me mets à penser à celui imaginé par A. Huxley, dans Le meilleur des mondes, où le ‘Sauvage’ exprime sa révolte d’être dans une telle prison…

 

           

 « Mais..., je n'en veux pas, du confort. Je veux du divin, je veux de la poésie!, je veux du danger véritable!, je veux de la liberté!, je veux de la bonté!, je veux du péché!.

-En somme, dit Mustapha Menier [l'Administrateur], vous réclamez le droit d'être malheureux.

-Eh bien, soit, dit le Sauvage d'un ton de défi, je réclame le droit d'être malheureux. »

 

 

 

Et bien oui, là, le ‘Sauvage’ réclame le droit d’être malheureux, c’est-à-dire de garder son humanité. C’est-à-dire, aussi, d’avoir un corps, un corps parfois souffrant, certes, mais pas incessamment entravé et dénaturé par toutes les drogues qu’on lui injecte. Il ne veut pas de tous les paradis artificiels que ce monde prétendu parfait lui propose, lui impose, et pour son bien lui assure-t-on.

 

 

 

            Je ne peux m’empêcher d’établir un parallèle. C’est merveilleux de travailler dans une grande banque. D’avoir des ordinateurs et des logiciels sur-puissants… D’être, en stagiaire, mieux payé qu’un smicard…   D’avoir de la reconnaissance sociale.  Oui, mais…

 

 

 

            Quand Etienne essaye de parler à ses collègues de cette ambiance qu’il trouve difficilement supportable, ceux-là tournent en dérision cette impossibilité de la Parole et lui disent que « C’est comme ça » et que «La vie n’est pas rose ». La dérision est une défense de la part de celui qui l’emploie, une défense qui le met à distance et le préserve de quelque chose ; le problème est que ce quelque chose est bien souvent le « cœur même du réel pur » selon les mots de P.Valéry. Et que refuser ce quelque chose revient à refuser la vie et, partant, à lui préférer la mort, le figé, le simple, l’inerte et le rassurant.

            Etienne est démotivé, ce travail ne l’intéresse pas, finalement. Il en était enchanté, un mois avant de commencer…  Ce lieu déserté par la parole vivante, ce lieu qui étouffe la pensée incarnée, est trop aride pour lui. C’est un calvaire pour lui de se lever chaque matin pour y passer 12h. Il compte les jours.

 

            C’est dommage. L’entreprise a besoin d’enthousiasme, de motivation, d’énergie. Et ces forces se puisent aux sources de la vie.  A trop vouloir bien faire, l’entreprise qui s’égare dans la procéduration tue ces forces dont pourtant elle s’alimente.

  

            Pourtant, il faut espérer que le contresens n’est pas une fatalité. Au contraire. Il faut trouver des lieues de vie et d’enthousiasmes. Partout. Mais peut-être de plus en plus dans les interstices.

 

Cet « open space » aurait bien eu besoin, pour respirer, d’être conçu autrement. Avec des endroits clos, avec des individus qui savent encore échanger, parler et écouter. Tout simplement un lieu humain, où l’on puisse parler tranquillement. 

par OdV publié dans : Cheminement-fragments.
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Vendredi 22 juin 2007

Voilà les fameux (fumeux ?)…, « les prêtres masqués » (cf. ‘article’ 3/7, et plus largement l’ensemble du dossier sur le « dernier homme »), d’une part la tribu L.Ferry, A. Renaut, A. Comte-Sponville, A. Finkielkraut, parmi d’autres, et de revendication plus libertaire s’accroche M. Onfray. Des philosophes médiatiques qui évoluent dans le bocal journalistique, poissons qui se faufilent sans trop faire de remous. Surtout pas, que dieu les garde !

Onfray fréquente -il revendique son indépendance (toute relative) à juste titre- (un peu) les marges. Ne serait-ce que parce qu’il ne voue pas un culte au dieu Kant, ne serait-ce que parce qu’il s’affirme anti-libéral, nietzschéen de gauche (!). Onfray n’est certes pas du même moule. Mais Onfray, à l’origine talentueux, subversif, dangereux, en se pliant au jeu du microcosme médiatique, s’est fourvoyé me semble-t-il. Et ses bouquins servent l’ego bobo de petits nietzschéens qui s’y complaisent, qui s’imaginent grands philosophes,et qui, partant, perdent toute compréhension adéquate de ce qu’est la philosophie. Onfray se vend bien. Mais Onfray ne sait plus quoi dire. Alors il ressasse. Il a perdu, en admettant qu’il…, un jour, son énergie, son rayonnement, son écriture dansante et oxygénée ; pour un ‘style’ empreint de contradictions, de ressentiments ; un style qui étouffe et qui garrotte plus qu’il ne libère. Onfray peste, crache, hurle… Onfray est amer,Onfray est aigri… Onfray ne voit pas bien loin.

Onfray, philosophe ? Et ses compères ?

Que valent donc ces « philosophes » auto-proclamés ?

 Voyons ce que dit Deleuze dans son texte sur Les « nouveaux philosophes », 1977. Pour l’intégralité cf : http://www.generation-online.org/p/fpdeleuze9.htm . En voici quelques extraits:

 

« Je crois que leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles à cette nullité. D'abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l'ange »

Ils correspondent aux attentes des journalistes : il faut bien se faire comprendre d’eux !, il faut bien vendre ! Des sophistes qui nous séduisent, bien davantage que d’authentiques philosophes dont ils semblent avoir perdu l’exigence.

 

« On essaie de former des concepts à articulation fine, ou très différenciée, pour échapper aux grosses notions dualistes. »

Ce que Deleuze a essayé de faire, avec un succès certain, tout comme les véritables penseurs (qui échappent du coup aux médias). La vérité ne se laisse pas appréhender au moyen de notions dualistes, qui ne sont que des caricatures, des simplifications.

 

« Ils ont introduit en France le marketing littéraire ou philosophique »

Ciblage, positionnement, vente. L’article sur l’objet est désormais plus important que l’objet en question.

 

« Tout ce qui se passe de vivant actuellement échappe à cette alternative »

C’est fort heureux. Il demeure des êtres libres, il demeure un espoir, un souffle…

 

« Soumission de toute pensée aux médias »

Une pensée soumise peut-elle rester une pensée ?...

 

« Rien de vivant ne passe par eux, mais ils auront accompli leur fonction s'ils tiennent assez la scène pour mortifier quelque chose. »

Des imposteurs, qui prennent des postures mortifères. Qui étouffent et brisent les dernières marques d’authenticité… Des Ecoles qui tournent en rond. Des Universitaires stériles et stérilisants. Des dogmes inlassablement répétés.

par OdV publié dans : Cheminement-fragments.
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Jeudi 21 juin 2007

Un texte magnifique de Nietzsche.

 

« 638.  Le voyageur.



Qui est parvenu, ne serait-ce que dans une certaine mesure, à la liberté de la raison ne peut rien se sentir d’autre sur terre que voyageur, - pour un voyage, toutefois, qui ne tend pas vers un but dernier : car il n’y en a pas. Mais enfin, il regardera, les yeux ouverts à tout ce qui se passe en vérité dans le monde ; aussi ne devra-t-il pas attacher trop fortement son cœur à rien de particulier ; il faut qu’il y ait aussi en lui une part vagabonde, dont le plaisir soit dans le changement et le passage. Sans doute, cet homme connaîtra les nuits mauvaises…

Et que le soleil matinal se lève, ardent comme une divinité de colère, que la ville s’ouvre, il verra peut-être sur les visages de ces habitants plus de désert encore, plus de saleté, de fourberie, d’insécurité que devant les portes – et le jour, à quelque chose près, sera pire que la nuit.

… mais pour le dédommager viennent ensuite les matins délicieux d’autres contrées, d’autres journées, où il voit dès la première lueur de l’aube les chœurs des Muses passer dans le brouillard des monts et le frôler de leurs danses, puis plus tard, serein, dans l’équilibre de son âme d’avant Midi, se promenant sous les arbres, tomber à ses pieds de leurs cimes et de leurs vertes cachettes une pluie de choses bonnes et claires, présents de tous ces libres esprits qui hantent la montagne, la forêt et la solitude, et qui sont comme lui, à leur façon tantôt joyeuse, tantôt méditative, voyageurs et philosophes. Nés des mystères du premier matin, ils songent à ce qui peut donner au jour, entre le dixième et le douzième coup de l’horloge, un visage si pur, si pénétré de lumière, de sereine clarté qui le transfigure : ils cherchent la Philosophie d’avant Midi. »

 

 

par OdV publié dans : Cheminement-fragments.
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Mercredi 20 juin 2007

Affirmative Action in the USA .

 

 

 

 Research question

    

            The movement toward ‘affirmative action’ has started in the USA during the 60’s under the president John F. Kennedy. Measures were taken, laws have been voted to permit minorities to accede to higher level of social ladder. Access that minorities otherwise would not have had.

Affirmative action is still widely debated in the US . It comes from a statement of fact, which is the under-representation of minorities in high School, in socially valorised work, and in many public places where only high social stratum, mostly white men,  are represented. Affirmative action policies address and redress systematic economic and political discrimination against any group of people that are underrepresented or have a history of being discriminated against in particular institutions. So its affirmed goal is to counteract past and present discrimination, which has for main symptom social reproduction, thus inequality of chance.    Yet, since it takes the race into account, it seems to go against the Constitution, in particular against the Civil Rights Act of 1964 which declares all human being as equal, which points out the equality of chance, opportunity and consideration everyone should deserve regardless of one’s religion, one’s skin colour, one’s particularity.

 Affirmative action is a corrective measure which aims at implementing in reality what is only formal. Consequently, affirmative action calls for minorities and women to be given special consideration in employment, education, and in contracting decision.

 Where first it was explicitly implemented to help ethnic minorities, now the affirmed goal tends to be diversity, for the sake of the majority.  

 Affirmation action brings up many controversies, since this measure appeals to some fundamental stakes involving concepts such as ‘right’, ‘race’, ‘equality’, ‘equity’, ‘social justice’, among others; it also questions democracy and its capacity to deal with multiculturalism and diversity.

           Proponents of affirmative action generally advocate it either as a mean to address past discrimination or to enhance racial, ethnic, gender, or other diversity. They may argue that the end result justifies the means while opponents claim that it has undesirable side-effects and that it fails to achieve its goals. They respond that it may increase racial tension and benefit the more privileged people within minority groups.

 In any case, affirmative action generates a lot of debates and controversies.

 Among the prolific productions of articles, thesis, we have chosen five articles that represent the state of the debates over affirmative action.

  

 

 

 

 Bibliography

 

 

-Coleman Selden Sally, (December 2006),  A solution in search of a problem? Discrimination, affirmative action, and the new public service, Public administration review. Read at http://www.blackwell-synergy.com/doi/abs/10.1111/j.1540-6210.2006.00659.x?cookieSet=1&journalCode=puar on 12/04/2007

-Fullinwider Robert, (December 2001), Affirmative action, Stanford Encyclopaedia of Philosophy. Read at http://plato.stanford.edu/entries/affirmative-action on 15/04/2007

-Kivel Paul (November 1997), Affirmative Action Works! , "Taking action to end racism is the challenge and responsibility of every single person in our society" Published in Motion Magazine. Read at http://www.inmotionmagazine.com/pkivel.html on 8/04/2007

 -Qiang Fu  (October 2004), A theory of affirmative action in college admissions,  Social science research network .Viewed at http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=694441 on 21/03/2007

 -Richard H. Sander (2004), A systemic analysis of affirmative action in American law school, Standford Law review, vol: 57:367

 

 

 

 

 

 

 Relevance

 

 

           While many articles criticise or approve the AA measures, Sally Coleman Selden’s article puts light on new focus for further academic studies. Such process highlights the fact that there are still more that remain to be done

            The article of Robert Fullinwider gives us a clear picture of how the affirmative action is being applied in the , its historical and social backgrounds, as well as the different views on the effectiveness of these measures. This article shows the many dilemmas that affirmative action involves.

            Paul Kivel’s article is a clear and committed view on affirmative action. That ‘man in the field’ gives us a more practical article than a theoretical one. Indeed examples are given throughout this article, and the author adopts a wide scope instead of a narrow one focused on one or two specific theoretical points.

            Qiang Fu set forth a theoretical framework for examining the incentive effects of Affirmative Action in college admissions. That author also differentiates the two main opinions on AA practices in college admission: roughly, the critics over the cost of academic quality and the weakening of the possibility to achieve academic excellence on the one hand, and, on the other hand, the importance of diversity and its positive influence on the pedagogical environment.

             The systemic analysis of Richard H. Sander enables us to see the result of AA in American law school through a more scientific approach. Thus, the findings are easily disputable or verifiable. This has the effect of giving more density in the debate for a subject that long has had produced mix feeling among the population. 

 

 

 

 

 

 Objectives of the articles

 

 

 

            The objective of Sally Coleman Selden’s article is not to answer the question of whether AA’s time has passed or its impact on the society. Rather, it focuses on the public service and on what prior researches tell us about on four important questions: What does prior research tell us about where the public stands on AA? What does it tell us about where AA presently stands in terms of state legislatures, the courts and civil society? What does prior research tell us about what AA has accomplished so far in light of its passive and active representation goals? Does a movement from government centered to mulitsectored workforces compromise the aims of AA if it is dismantled? 

           Robert Fullinwider wants to demonstrate that the application of the affirmative action is subject to conflicts. Throughout his article he aims to showing us the imperfection and the complexity of such a system.

            The objective of Kivel’s article, as the title makes it explicit, is to convince us that indeed affirmative action works, and, moreover, is necessary to counter the effects of discrimination against minorities. Since discrimination in favour of white (men) is a proven reality, measures and policies ought to be implemented to ensure everyone has a fair chance to get an appropriate education and a job.  Affirmative action has been a serious commitment to eradicating racial discrimination. It is crucial that at this stage of backlash against the gains of the last three decades, we do not abandon programs that counter the effects of discrimination.

            Fu’s article propose a simple theoretical framework that models the process of college admissions as an all-pay auction, to investigate two major questions: Is there any theoretical rationale for an AA admissions rule? How do such rules affect college candidates’ incentives to invest in academic effort?

            The article’s principal question of interest is whether affirmative action in law schools generates benefits to blacks that substantially exceed the costs to blacks. R.H. Sander refers as costs the subtle matters such as the stigma and stereotypes that might result from differential admissions standards.

 

Few words on the authors

            Most of the authors are researchers and Professors involved in the fields of Affirmative Action and Multicultural Education, in which they are very prolific in terms of publications. They all live in the USA. We note that Richard H. Sander, as a father of a biracial son, half black, half white, says to be in favour of race-conscious strategies. Our ‘outsider’ is Paul Kivel, who is not a theoretical researcher but a charismatic individual who has long been an active participant in the movement to end violence. He has also developed and conducted hundreds of workshops concerning racism, sexual assault. He lives in Oakland, California , with his partner and three children.

The methods of the authors

 

 

               Articles are organized in several parts. First, information is provided to know exactly what’s under dispute. Then, a crop of arguments with examples, so as to strengthen the chosen thesis. Finally, the concluding remark, and the reinforcement of the thesis.

Most of the authors begin their article by giving some historical references. They first describe the affirmative action and how the plan has blossomed in the USA .

It enables them to open a second point that is the Controversy of the measure. The points they want to put under discussion.  Some of them quote several authors and oppose their opinions and views on the affirmative action as a mean to confront the readers to different views on affirmative action. Doing this, they tackle, notably, the notions of ‘preference’, ‘quotas’, and the danger that reverse discrimination might commit injustice to some whites.

Robert Fullinwider refers to different authors who stress the incoherency of this reverse discrimination in different ways, notably in perpetuating the same past injustice which consist of favouring a priori certain types of people for their skin colour or their gender. However, he ends with Goldman, whose view on affirmative action tends to justify the necessity-the backlash of affirmative action-of reverse discrimination, argued in a subtle and compromising way.  

 

 

To link the topic with the real world, the authors use the examples of the workplace and then the university, the two central sites for the affirmative action to be implemented since those places frequently exclude and discriminate.  Fullinwider uses examples and quotes the constitution and several law articles to give a background of the affirmative action implementations. R.H. Sander chose the legal education to underline the burden of AA for both the coloured people and the whites. That particular field is chosen because the law school was the first amongst all to integrate the affirmative action measure within its admission program. And the uniformity of requirements for lawyers makes comparisons within the legal education system much easier.

To criticize AA, authors use descriptions to point out the abuses of some universities during the admission process in the name of positive action and integration.