Spirale ascendante

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Présentation

  • : Alchimie du verbe; tentatives d'ouverture aux interstices
  • : philosophie
  • : Une relation (un rapport au monde, aux êtres et aux choses) qui demeure en définition... Quelques délires... aussi. Des bêtises on croira...-- entre lesquelles, pourtant, quelques pépites... Bref... ici sont posées certaines choses qui me passionnent, qui me touchent. Un petit atelier de chercheur de vérités-- si l'on peut parler de "vérités". Du spontané plus que du fini. Mais cela dépend... Bonne lecture !
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Texte libre

 

      Du lire et de l'écrire

 

  "De tout ce qui est écrit, je n'aime que ce qu'un homme écrit avec son sang. Avec du sang écris, et tu apprendras que sang est esprit.

Il n'est guère facile d'entendre le sang des autres: d'oisifs lecteurs me sont odieux.

Qui connaît le lecteur, pour le lecteur celui-là plus rien ne fait. Encore un siècle de lecteurs -et l'esprit même sera puant.

[...] En montagne, de cime en cime va le plus court chemin; mais pour le prendre il faut avoir de longues jambes. Que cimes soient les sentences, et ceux auquels on parle grands et altiers!

L'air rare et pur, proche le danger et l'esprit plein d'une joyeuse malice: comme tout cela ensemble s'accorde bien!

Autour de moi je veux avoir des farfadets, car je suis courageux. Courage dont s'effarouchent les spectres lui-même se crée des farfadets, -le courage veut rire.

Plus ne sens avec vous; ces nuées qui au-dessous de moi s'offrent à ma vue, ces choses noires et pesantes dont je me ris, -précisément ce sont vos nuées d'orage.

En haut vous regardez quand de hauteur avez envie. Et je regarde en bas car je me tiens sur les sommets.

Qui de vous tout ensemble peut rire et se tenir sur les sommets?

Qui gravit les plus hautes cimes se rit de toutes les tragédies jouées et de toutes tragédies vécues.

Courageux, insouciants, railleurs, brutaux, -tels nous veut la sagesse; c'est une femme et qui jamais n'aime qu'un guerrier.

Vous me dites: "La vie est pesante à porter." Mais pourquoi donc auriez-vous avant midi votre fierté, et le soir votre soumission?

La vie est pesante à porter; mais ne soyez donc si délicat ! Nous sommes tous de jolis ânes et de jolies ânesses aux reins solides.

Qu'avons-nous en commun avec le bouton de rose, qui frémit dès qu'une goutte de rosée pèse sur son corps?

C'est vrai; si nous aimons la vie, ce n'est par habitude de vivre, mais c'est par habitude d'aimer.

Il est toujours quelque délire dans l'amour. Mais toujours aussi il est quelque raison dans le délire.

Et moi-même, qui bien m'entends avec la vie, il me semble que papillons et bulles de savon, et tout ce qui parmi les hommes est de leur sorte, de l'heur ont le mieux connaissance.

Ces petites âmes légères, folles, élégantes, mobiles, à les voir qui voltigent  -Zarathoustra est entraîné aux larmes et aux chants !

Je ne croirais qu'en un dieu qui à danser s'entendît !

Et quand je vis mon diable, lors je le trouvai sérieux, appliqué, profond, solennel : c'était l'esprit de pesanteur -par qui tombent toutes choses.

Ce n'est par ire, c'est par rire qu'on tue. Courage ! Tuons cet esprit de pesanteur !

J'ai appris à marcher; de moi-même, depuis, je cours.

J'ai appris à voler; pour avancer, depuis, plus ne veux qu'on me pousse !

Maintenant je suis léger, maintenant je vole, maintenant me vois au-dessous de moi; par moi c'est maintenant un dieu qui danse.

     Ainsi parlait Zarathoustra."

 -Nietzsche-

Dimanche 7 octobre 2007

Il y a des qualités que les gens en général s’attribuent spontanément, ou qu’ils prêtent à ceux qui pensent comme eux et qui sont baignés dans la même culture, qui ont les mêmes références. La belle affaire…   Je pense notamment au « bon sens » et à l’ « ouverture d’esprit ». Etonnantes ces choses du monde les mieux partagées en ce sens que chacun croit les posséder.  Au fond ces « qualités » n’ont aucun sens, et on ne devrait pas en parler, puisqu’on ne le peut pas. Dire qu'une personne est "fermée d'esprit", n'est-ce pas là aussi, quelque part, un aveu de "fermeture d'esprit" justement?  Qui donc peut dire qu’untel ou qu’unetelle a du « bon sens » ? Une personne qui a elle-même du « bon sens » ? Sur quels critères s’il vous plait ? L’ordre, la logique, la distinction, etc. ?  Mais ce ne sont là que des structures, fondées en premier lieu par un consensus…

Non, c'est d'ivresse, d'enthousiasme, de passion dont nous avons besoin. Etre porté, voire transporté. Mais par quoi? Par la vie? Par un idéal qui fait exigence?..  
En outre, un autre problème survient: celui de la folie. Comment le règler?  Ce n'est pas une mince affaire...  Reprenons, pour l'instant, les mots de M. Foucault: " Tant qu'il y a création [oeuvre], il n'y a pas folie".       Mais alors...  Tous ceux qui ne créent pas sont-ils donc fous?...  Curieuse inversion...

par OdV publié dans : Cheminement-fragments.
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Lundi 1 octobre 2007

Ecrire… Etrange phénomène. Qui écrit ? Toujours l’autre, jamais « je ». Car « je » est un autre que moi, nous a merveilleusement dit en son temps un jeune poète. Ou alors je n’écris pas, et c’est du verbiage stérile—le seul « je ». En effet, pourquoi donc est-ce que j’écris ?   « J’écris pour me débarrasser », dit Nietzsche. «  Jusqu’à présent je n’ai pas trouvé d’autres moyens de me défaire de mes pensées. »  L’écriture serait alors un moyen. Une nécessité même, pour certains. « Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité », nous confesse le philosophe. Mais quelle vérité ? Quelles vérités ?  Je laisse la question en suspend…

 

 

« Ce qui n’est pas occupé à naître est occupé à mourir », dit Bob Dylan.

 

Pourquoi écrire, si ce n’est pour approfondir son expérience du monde ?

Musique, rythme, liens infimes, images.

Une belle musique, accompagnée de  mélodieuses images, pleines d’un contenu qu’il est difficile de transcrire par l’écriture, cet art second qui, toujours, se rapporte aux premiers : le son et l’image. Monstre originel cacaphonique rendu mélodieux. 

 

Se libérer n’est rien. Ce qu’il faut, c’est tenir l’ouvert.

 

Et tout d’un coup c’est là, devant les yeux, il suffit de la bonne seconde pour le capter, c’est fugace, on ne comprend pas mais à sa propre euphorie qui palpite au-dedans on sent que ça reviendra, que c’était là, que le monde a parlé.

 

Ecrire, pour que, entre le monde et soi, l’écluse des mots nous remette à niveau et qu’ainsi l’expérience, jamais, ne soit interrompue.

 

Ivresse et enthousiasme du « moi » dionysiaque. Rêve d’idéal et exigence de forme du « je » apollinien.  Principe d’individuation apollinien. Inspiration du dionysiaque qui aspire à se fondre dans le grand tout de la multitude, de l’universel, vers l’originelle nature. A s’y confondre même, lui qui tient en germe --et qui existe par le fait de son frère opposé-- l’apollinien. Ce ne sont pas des forces antagonistes, mais bien au contraire complémentaires, nécessaires l’une à l’autre pour être.

 

Féconde complémentarité de l apollinien et du dionysiaque. La culture ne s’oppose plus à une nature que bien au contraire elle présuppose, et dans laquelle elle puise son énergie, sa vigueur.  L’individu, emporté par le dionysiaque, sort des limites et de la mesure de l’apollinien pour accéder à un « langage jaillit du cœur de la nature ». «La  connaissance par les gouffres », une mouvance nietzschéenne.  En totale rupture avec la tradition socratique pour laquelle le savoir présuppose l’éloignement des passions et le culte de la mesure. Cela dit on ne parle que de tradition, car Socrate avait lui aussi, et plus que tout autre après lui, son daimon dionysiaque.D'ailleurs il en est mort, comme il se devait justement à l'époque, de cette hybris.
Seuls l’ivresse dionysiaque et le débordement conduisent à la vérité quand la culture, modèle apollinien, ne conduit qu’à la violence. Comment ne pas songer en disant cela à la montée du nazisme, régime où le culte apollinien a en effet mis un terme à la subversion dionysiaque que contenait le romantisme allemand. Du coup, l’apollinien seul est devenu complètement insensé, vide. Cette violence du déracinement, ce régime l’a exprimé de façon désastreuse. Je m’éloigne semble-t-il de mon sujet initial, mais on voit bien là  pourquoi toute société -de même que tout individu-, pour accéder à un certain équilibre, loin de devoir étouffer la violence qu’elle recèle, doit au contraire la canaliser, de diverses manières… Il manque la conscience à l’apollinien seul, qui n’est plus du coup vraiment apollinien. Il manque la forme au dionysiaque seul, qui du coup n’est pas grand-chose… Ou bien un tout informe, car bien incapable de s’en donner une de forme, ou bien rien, ce qui revient au même. Voilà les extrêmes, qui n’existent pas, bien évidemment.

Comment donc dire le subtil dosage qui s’opère, le seul qui soit, dans l’absolu ?  Encore une fois, revenir sur terre, y demeurer, l’habiter, par et dans l’expérience.  


[Work in progress…, to be continued…]

par OdV publié dans : Cheminement-fragments.
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Samedi 29 septembre 2007

Trop de gens marchent dans la rue en regardant leurs pieds, quand ils ne sont pas fascinés par les vitrines des magasins, ce qui à mes yeux ne vaut pas tellement mieux. Non que je ne conçoive la nécessité de  s’occuper certains jours des vitrines, puisqu’ il faut se nourrir, se vêtir, et dans nos sociétés s’approprier un tas d’autres choses nous dit-on confortables et indispensables, ce que l’on se met à croire  à force de matraquage publicitaire, et tellement que la plupart d’entre nous se sentirait désemparé, voire atrophié sans ces choses de la vie courante qu’on utilise couramment. Voilà, le champs lexical est donné : c’est un langage. Et l’on se sentirait perdre la parole, à tort ou à raison, dénué de toutes ces choses matérielles qui nous rendent la vie tellement plus facile, à commencer par le téléphone portable. Non, l’objet de ce petit texte n’est pas de bannir la technique, même s’il demeure critiquable qu’elle tende à devenir une fin en elle-même, ni de critiquer la nécessité, plus ou moins créée et dictée par certains intérêts, que nous ressentons de consommer, c’est-à-dire de nous intégrer à cette société. Ce qui est regrettable c’est que les gens aient de plus en plus tendance à n’être obnubilé que par les vitrines. Quel manque de discernement !  Ne voient-ils donc pas que c’est une course que l’on ne gagne jamais ?, que l’on en sort pour y revenir toujours insatisfait ? Que cette voie impropre à nous contenter est une impasse, sans issue possible ?   Trop de gens marchent dans la rue en regardant seulement leurs pieds, ou leur montre, ou les vitrines. Cela est dommage. Le ciel ne mérite-il pas nos regards ? Il est tellement beau, même teinté orangée de la couleur des villes. C’est un plaisir gratuit, simple, et hautement gratifiant. Apprécier toutes les petites choses de la vie. La beauté réside dans les détails. Le sourire d’une passante, d’un enfant, d’une personne âgée ; l’ivresse d’un chien inconnu qui nous apporte une balle, tout frétillant, pour jouer ; la force, la finesse et le charme de certains immeubles à certains moments ; des statues que personne ne regarde mais qui pourtant disent ;un oiseau qui chante juste là, au dessus ; s’asseoir sur un banc ou contre un arbre dans un parc et observer les choses, les gens, distinguer la complicité, les secrets, les sentiments ; voir l’invisible ; et tout d’un coup être ébloui par le soleil qui sort des nuages, le soleil qui éclaire les visage et qui tue le froid et le figé. Une main qui se tend. Et encore plein de choses merveilleuses !, bien réelles toutefois. Tout un tas. Mais pas un tas de sable, qui s’effondre et ne monte pas bien haut. Plutôt un entassement de bulles, qui (s')échafaudent et qui atteignent les nuages jusqu'à s'y confondre... Des bulles légères, mais  qui adhérent entre elles, très solides, très souples et très légères. De la grâce.  
Il s’agit de prendre le luxe de se donner du temps pour flâner, hasarder le regard dans les nuages, sans soucis. Se reconnecter aux forces de la vie, retrouver son moi le plus profond. Se sentir. Se sentir heureux. Ressentir son corps, son élan, sa flamme de vie et celle de tous les êtres vivants. Cela est tellement bon et cela magnifie tout le reste.  

Un apaisement. Levons la tête ! Sommes-nous diable devenus des automates ?

Les pieds sur l’asphalte, et le regard vers les étoiles, c’est ce qu’il nous reste pour encore un peu rester sur terre.

 

par OdV publié dans : Cheminement-fragments.
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Vendredi 21 septembre 2007
Ca continue: Je suis vraiment  très fatigué: ce stage m'épuise. Y a pas à dire: du 9-21h (et ce n'est qu'une moyenne...) 5 jours sur 7, ça fout un coup !  Six longs mois...     Me voilà qui me contente de poster un titre qui reflète mon état... 

Ce post est aussi  un clin d'oeil. Surtout, de fait.  Un clin d'oeil à une personne que j'affectionne beaucoup. Une personne pour qui cette musique et ces paroles sont précieuses.

Mon stage... Lobotomie ou épanouissement fécond? Lobotomie et épanouissement fécond?  Le temps le dira... Pour l'instant rien n'est évident. Ce stage? J'en parlerai probablement quand j'aurai davantage de recul. 
Hier, j'étais à Lyon. Aller-retour dans la journée. Levé à 5h45 et retour à 18h. Pas le temps de flâner. Pour une "mission". Logique militaire?, en tout cas le vocabulaire...  Avec un "supérieur". De cette structure pyramidale, totalitaire, sadique, mieux vaut rire; mieux vaut l'assouplir de manière masochiste davantage que cynique. Un contrat. Que j'ai signé. A durée déterminée. Et c'est heureux. Le 'je' dicte mon 'moi', désormais. Le "je" est haïssable, s'il ne se mute en jeu avec le "moi". Houla! : je suis en forme, finalement! Je m'éloigne... Je s'éloigne. Cela doit être la fatigue...

Cela dit, bonne écoute !




The Beatles-- I'm so tired


I'm so tired, I haven't slept a wink
I'm so tired, my mind is on the blink
I wonder should I get up and fix myself a drink
No,no,no.

I'm so tired I don't know what to do
I'm so tired my mind is set on you
I wonder should I call you but I know what you would do

You'd say I'm putting you on
But it's no joke, it's doing me harm
You know I can't sleep, I can't stop my brain
You know it's three weeks, I'm going insane
You know I'd give you everything I've got
for a little peace of mind

I'm so tired, I'm feeling so upset
Although I'm so tired I'll have another cigarette
And curse Sir Walter Raleigh
He was such a stupid git.

You'd say I'm putting you on
But it's no joke, it's doing me harm
You know I can't sleep, I can't stop my brain
You know it's three weeks, I'm going insane
You know I'd give you everything I've got
for a little peace of mind
I'd give you everything I've got for a little peace of mind
I'd give you everything I've got for a little peace of mind
 
par OdV publié dans : Cheminement-fragments.
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Vendredi 21 septembre 2007
On découvre plus de vérités en une nuit d'insomnie qu'en une année de sommeil.

par OdV publié dans : Cheminement-fragments.
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Mercredi 19 septembre 2007

 

  Il y a des jours comme ça...

 

 

Johnny Cash--Hurt
 



"I hurt myself today

to see if I still feel
I focus on the pain
the only thing that's real
the needle tears a hole
the old familiar sting
try to kill it all away
but I remember everything
what have I become?
my sweetest friend
everyone I know
goes away in the end
and you could have it all
my empire of dirt

I will let you down
I will make you hurt

I wear this crown of thorns
upon my liar's chair
full of broken thoughts
I cannot repair
beneath the stains of time
the feelings disappear
you are someone else
I am still right here

what have I become?
my sweetest friend
everyone I know
goes away in the end
and you could have it all
my empire of dirt

I will let you down
I will make you hurt

if I could start again
a million miles away
I would keep myself
I would find a way"

 

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Jeudi 30 août 2007

La philosophie, malgré ce que certains affirment, sans vraiment y réfléchir, ne perd pas, ne déboussole pas, bref n’égare pas l’étudiant dans diverses théories qui se contrediraient. La philosophie, je crois, beaucoup plus que les sciences, est une discipline de la cohérence absolue.  On ne s’écoute pas. Du moins la plupart du temps. Les gens ne peuvent s’écouter les uns les autres, que s’ils ont un minimum d’entente implicite, c’est-à-dire une manière commune de poser les problèmes. Si on ne pose pas les problèmes de la même manière, ce n’est pas la peine de s’écouter : c’est comme si l’un parlait chinois et l’autre anglais, sans connaître les langues.  On ne s’écoute que si l’on a, par soi-même, par un mystère qui est l’affinité, une certaine manière commune de poser les problèmes. Il se peut très bien qu’au bout de deux fois vous vous disiez : mais de quoi il nous parle ce type là ? Si vous avez ce sentiment, ça ne veut rien dire ni contre vous ni contre moi. Ca veut dire que vos problématiques à vous ne passent pas par les miennes.  Quand on dit que les philosophes ne sont pas  d’accord,--une chose qu'on dit qui m'a toujours étonné--, parce que je crois, encore une fois, que la philosophie est une discipline de la cohérence absolue. Quand on dit, donc, que deux philosophes ne sont pas d'accord, ce n’est jamais parce qu’ils donnent deux réponses différentes à une même question, c’est parce qu’ils ne posent pas le même problème.  Seulement comme on ne peut jamais dire le problème qu’on pose, je ne peux pas à la fois résoudre quelque chose, et dire le problème que je suis en train de résoudre. C’est deux activités différentes. Donc le problème c’est toujours l’implicite. Le non dit. J’aurais beau dire, en gros, voilà quel est le problème, il faudra toujours que vous sentiez quelque chose au-delà, et ce sentir quelque chose au-delà c’est ça qui fait que les gens s’entendent ou ne s’entendent pas. C'est cela qui fait la rencontre. Donc si on n’a pas une manière un peu commune de poser les problèmes, alors rien.

par OdV publié dans : Cheminement-fragments.
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Lundi 20 août 2007

Echafaudage qui mérite consolidation...

Libertin, d’après le Larousse : du latin libertinus, affranchi.

1/ Se disait au XVII ème siècle de quelqu’un qui manifestait son indépendance d’esprit par rapport aux enseignements du christianisme. (Le terme s’applique notamment à Gassendi, Théophile de Viau, Fontenelle). 
2/ (adj) marqué par le libertinage, la licence des mœurs.

Car il est des choses qu’on peut penser, mais qu’on ne peut dire en société. Moi, je me fous de la société, de sa prétendue moralité. Voyons ce qu’ « on » nous dit. On nous dit que c’est péché que de tromper son/sa compagne avec autrui. Et que nécessairement s’ensuivent remords, culpabilité, jalousie, et tutti quanti.

Tromperie ?! Voyez-vous cela… Mais, s’il vous plait, où donc exactement se situe la tromperie, si ce n’est du côté de ce que l’on nous dit ?

Indépendance d’esprit/licence/liberté/ affranchi de la morale judéo-chrétienne/ affranchi des logiques restrictives de pouvoir sadique/ Morale, logique, qui veulent, pour mieux exercer leurs emprises, nous rendre coupables (vilains, vicieux, bouh ! pas bien !, immoral !) / Culte de mort/// arrêter l’hypocrisie !/ Donner et prendre plaisir ds des ébats délicieux, si on en a envie/ les papillons ne butinent-ils qu’une seule fleur ? Les mammifères, dont nous faisons partie, ne s’ébattent-ils qu’avec une seule et même élue ? Seuls les humains se jurent fidélité, la plupart sont exclusifs dans leurs folâtreries- ou font semblant de l’être. C’est étrange pourtant… Les humains parlent de fidélité, de péché et de culpabilité. Ne peut-on être fidèle, comme il se doit pour qui aiment profondément, de cœur et d’esprit ? Seulement ? ! Non, pas seulement, car c’est déjà énorme, c’est déjà très beau ! Toutefois, et c’est bien naturel, il arrive que nous ayons envie, tout simplement, d’aller butiner ailleurs dans un merveilleux moment de plaisir et de complicité. Sur un mode serein et respectueux de l’autre/ liberté du corps, liberté des corps/ un jeu/ un engagement partagé le temps de quelques plaisirs/ dans une relation de confiance, de respect de l’autre et de la parole donnée

 

Il existe des êtres épanouis, radieux et sereins qui naturellement ne voient pas le mal qu’il y a à se faire du bien. Du bien, sans artifices, en rendant, tout simplement, justice à leurs corps. Et qui, nonobstant une logique sclérosée encore répandue, ne se sentent pas coupables, ne se sentent pas vilains. Encore faut-il être fort, harmonieux et serein, pour enfin assumer un corps que des siècles durant on a bafoué, au nom d’une pureté entièrement spirituelle qui l’a rendu impropre, dégradant et malsain.

 

Demain, un jour, un autre jour, nous ne savons pas quand (et, soit dit en passant, cela est très précieux), notre corps va nous lâcher. Alors autant en profiter!, ici et maintenant. Car le temps nous assassine à petit feu...  Cela relèverait-il de l'inter-dit?  Tenez pourtant ceci pour dit. 



Ajout (9/10/07), et pas des moindres...  :   

Après un petit retour introspectif, quelques précisions. Cela ne nie pas ce qui est dit plus haut, mais l'affine. Je ne parle pas de succomber à tous les excès sensuels, je ne dis pas qu'il nous faut devenir des animaux, seulement des animaux.  Je parle de libertinage à condition, en plus des conditions susdîtes, qu'il y ait affinités qui dépassent la seule attraction physique. Qui , en elle seule, nous rabaisse au rang de bête.

Je parle de la possibilité d'aimer plusieurs personnes à la fois, mais les aimer chacune différemment. Sans hiérarchie. Car il y a une quasi infinité de sensibilité, car nous ne sommes pas unidimensionnel, taillé en un seul et même bloc, car nous sommes pluriels. Pluralisons nos relations !



En guise d'ouverture, quelques lignes de Kierkegaard, Le journal du séducteur :

"Par rapport aux impressions l'art consiste à être aussi réceptif que possible et à savoir celles qu'on fait sur toute jeune fille [femme] et celles qu'elles vous font. On peut ainsi être amoureux de maintes à la fois; parce qu'on les aime de différentes façons. Aimer une seule est trop peu; aimer toutes est une légèreté de caractère superficiel; mais se connaître soi-même et en aimer un aussi grand nombre que possible, enfermer dans son âme toutes les puissances de l'amour de manière que chacune d'elles reçoive son aliment approprié, en même temps que la conscience englobe le tout --voilà la jouissance, voilà qui est vivre. "

par OdV publié dans : Cheminement-fragments.
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Vendredi 17 août 2007

17 juillet 2007.

Mer méditerranée. Une des plages de Barcelone. (Il y en a quatre, si l’on prend aussi en compte celle des nudistes, que dis-je ?!... naturistes… !- C’est différent.) Jour de vent. Beaucoup de vent. Drapeau rouge hissé. Ce qui veut dire : Baignade fortement déconseillée -certains disent : « interdite ». Nonobstant, je me suis baigné. Accompagné d’une amie, baigneuse chevronnée qui a longtemps nagé en club.

Nous nous sentions forts, en sécurité, sûrs de nous. Il faisait très chaud. Le soleil tapait puissamment. Tout simplement nous voulions nous rafraîchir. Sans tenir compte du drapeau dissuasif, du peu de personnes (une poignée, pas davantage, et encore, tout près du rivage) à l’eau, et des vagues. Les vagues… Parlons-en. Une mer démontée. Des vagues fascinantes, deux mètres de hauteur, qui nous attiraient, qui nous attiraient tellement ! Quel terrain de jeu ! pour nous, jeunes fous, avides de sensations fortes… Ce n’est pas peu de dire que ce jour-là nous avons été gâtés… Car nous n’avons pas pu (su ?), inconscients, résister à l’appel…

A l’eau, Julie, c’est son prénom, fut la première. Moins frileuse que moi, indiscutablement…

Les débuts furent délicieux, nous nous ébattions gaiement près du rivage. Déjà, pourtant, nous sentions la puissance déchaînée de l’élément eau. Déjà des trombes d’eau, régulièrement, de manière trop rapide pour être toujours prévue, nous tombaient dessus et nous étourdissaient, spasmodiquement. Sans trop le voir d’abord, nous dérivions, peu à peu, emportés par le courant, vers le large. Quand, soudain, tout d’un coup, nous nous sommes retournés, tous les deux, et avons vu, surpris puis inquiets, la plage, au loin. Une centaine de mètres. Alors que les vagues étaient telles qu’à cinq mètres du rivage, déjà, nous n’avions pieds qu’à mi-temps !

La distance, par mer calme, aurait pu paraître dérisoire. Revenir eût alors été un jeu d’enfant. Ce jour-là, l’affaire était tout autre. L’ampleur des vagues, du courant et des vents était telle que nous n’avions plus qu’un but précis : revenir, gagner le rivage, quitter cette mer en furie. Nous nagions, nous nagions, nous nagions. Julie était à une dizaine de mètres devant moi. Nous pouvions difficilement communiquer. Nous ne l’avons que très peu fait, conscients de la dépense inutile d’énergie, et nous savions très bien tous deux ce que nous voulions : regagner le rivage. C’était un impératif de plus en plus pressant : nous étions à bout de souffle. Chaque mètre était une épreuve terrible. 50 mètres, encore. Nous étions ballottés par les vagues de parts et d’autres, qui, au gré de leurs caprices semble-t-il, venaient à chaque fois différemment, et de côtés différents. Secoué de part en part, j’étais tour à tour aspiré sous la surface, puis je resurgissais, juste le temps de prendre une bouffée d’air avant qu’une autre déferlante ne s’abatte sur moi -encore ! 30 mètres. Je ne pense plus à rien, mon corps, tout mon être n’aspire plus qu’à une chose : sortir de là, sortir de cet enfer. Ce calvaire se durcissait. Tout comme mes bras, qui devenaient du bois -très mal irrigués en oxygène. Trop de temps que j’étais à bout de souffle. A ce moment-là, je me rappelle avoir éprouvé une terreur indicible, qui mit beaucoup de temps à s’estomper. Je paniquais, j’avais très peur de ne pas y arriver. Je ne sentais plus mon corps qui, inlassablement, nageait, nageait, en mode automatique. Tâcher de gagner quelques mètres, encore. Tout le reste s’est mis à devenir flou. Ah si, je me souviens avoir eu une pensée pour un de mes grands-pères, mort noyé il y a quelques années. Quelle horrible mort !, ai-je subitement pensé. « Penser » est un grand mot en ces circonstances, des bribes de phrases, laconiques, quelques mots, émergeaient de ma conscience. Julie avait l’air de s’en tirer mieux que moi. C’est déjà ça… Mais il fallait me sauver, moi ! Mon paquet de cigarettes quotidien depuis de trop nombreuses années, je me suis mis à me haïr de m’y être accroché ! Un cri. Julie : « Olivier !, attention !, il y a des rochers ici !! » A quelques mètres de moi, elle me dit : « A droite !, il faut les éviter ! » Merde !: elle a l’air épuisée, aussi. Moi : « Ca va ? .. Tu t’es fait mal ? ». « Non ! Enfin…, je crois ». Nous bifurquons. Comme nous pouvons. Et nous ne pouvons pas grand-chose, complètement dépassés par la force de cet élément. Le ressac est exténuant. Il me semble que chaque déviation de trajectoire, chaque mètre me demandent une énergie quasi inhumaine. Manquerait plus que de se coincer quelque part, de se casser une jambe !, me suis-je dit. Un miracle : il semble bien que nous ayons réussi à éviter les rochers. A repenser à tout cela, mon cœur bat la chamade. 15 mètres environ. Encore ! Quel enfer, toute cette eau ! La plage est très proche. J’entends des cris, au loin. Je suis tellement essoufflé, que je n’arrive plus à respirer ! Plusieurs fois, je manque de me noyer. Je parviens cependant toujours à refaire surface, pour une bouffée d’air, toujours insuffisante. Mes poumons vont exploser ! Je suis terrorisé. Trop con de mourir ainsi… Je veux vivre !!!, pas maintenant, encore des tas de choses à faire ! Un autre jour !! : j’implore le ciel. En même temps, je suis tellement épuisé que je pense, par deux fois, en finir. Arrêter de bouger, arrêter de me battre. C’est trop difficile… Mais je n’y parviens pas, mû par une force incompressible. Quelques mètres, encore… Je cherche à avoir pied, ça devrait être bon, maintenant. Non, je bois la tasse. Je tousse, je m’étrangle. Tout en moi dit : « Il faut continuer de nager ! ». Julie se lève !, elle a pied ! Un regain d’espoir. Elle marche. Elle chancelle. Elle tombe, sur le sable sec. Ca y est, je sens le sable, je n’y crois à peine : j’ai pied. Le combat est terminé. Pas un instant je n’ai cessé de nager. Je m’écroule près d’elle. Mon cœur est une bombe ! Des gens viennent nous voir, nous parler. Nous répondons avec grand peine : « Oui… tout va… bien ». Non, Julie a le pied en sang ! Une femme inspecte sa blessure. Elle dit que ce n’est rien, une longue égratignure. Elle nettoie quand même, sèche sa jambe, et colle une sorte de gros sparadrap.

Les curieux s’en vont. Julie et moi restons allongés côte à côte, à même le sable, un long moment. Nous reprenons nos esprits, progressivement. Et notre souffle. Nous n’échangeons que quelques mots, par intermittence. Impression d’être revenu d’un long, d’un atroce calvaire. Des scènes de films me viennent en tête, je m’imagine être l’un de ces hommes qui, tel un vieux navire, après avoir essuyé les pires tempêtes, vient s’échouer, à demi mort, sur le rivage. Je ne saurais dire combien de temps nous sommes restés allongé, là, à reprendre vie. Enfin, nous nous sommes levés pour retrouver nos affaires et nos serviettes, à quelques mètres. Nous titubons encore un peu. Mais quel bonheur que de pouvoir marcher, quel bonheur que de sentir la terre ferme ! Tous les gens nous regardent, comme des bêtes curieuses, des monstres. Peu importe. J’ai la sensation d’avoir des bras et des jambes de bétons, et énormes. L’ensemble de mon corps s’irrigue peu à peu. Mes membres reprennent leurs droits. Non sans séquelles. A nouveau nous nous allongeons, cette fois sur nos serviettes. Nous sommes restés là deux bonnes heures. A reprendre vigueur. A s’échanger quelques mots. A manger, un peu. A fumer (!!!) (enfin…, que moi), un peu. Conscients que nous avons frôlé la mort. Jamais jusqu’alors je n’avais eu une telle conscience, une telle expérience, de la fragilité de la vie -de ma vie- et de la puissance de la volonté de vivre.

 

Depuis cette après-midi terriblement éprouvante, je ne me suis pas rebaigné. Julie non plus, d’ailleurs. Nous en avons été incapables. Alors que nous passions quasiment chaque après-midi sur la plage. Et ce n’est que début août que j’ai quitté Barcelone. Une ville très intéressante, par ailleurs.

Jamais je ne pourrai oublier cette heure terrifiante, jamais je n’oublierai l’impression ressentie, un mélange de panique, un sentiment d’impuissance doublé d’une énergie insensée de m’en sortir, de vivre, de ne pas couler. Instinct de survie.

par OdV publié dans : Cheminement-fragments.
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Dimanche 12 août 2007

 

Cette question m’a taraudé un temps. J’ai développé, au fil de mes interrogations, une conscience de plus en plus vive qu'elle n’en était pas réellement une.

Fausse question.

La logique marchande et technicienne s'immisce partout. Ou presque.  Partant, les lieux qui encore consacrent l’humain se font rares.  La fac de philosophie est loin d’être exempte de cet étouffement progressif, de cette désertification. Peut-être même que l’école de commerce est plus authentique… Notamment par le fait qu'elle est moins hypocrite sur la forme autant que sur le fond : elle limite ses prétentions à ce qu’elle peut réellement transmettre, et transmet.  L’Ecole de Commerce aide à la prise de décision et à l’établissement de projets, en enseignant, en pratique, les moyens et les outils nécessaires à la réalisation de ceux-ci. Elle peut aider à donner réalité à des idées, à des projets, en permettant l’application des structures et processus adéquats. Tandis que l’Université -et en Philosophie encore plus qu’ailleurs- se limite aux apports théoriques, étrangers à la réalité- étrangers aux réalités sociales, politiques et économiques d'aujourd'hui.  (Je caricature à peine..) Réalité qui déborde de beaucoup le seul « Ciel des Idées »…   En outre, la fac de philosophie se targue de nous apprendre à penser, penser par soi-même, alors qu’elle nous pousse bien plutôt à adhérer à certains courants d’idées bien identifiés ; alors qu’elle nous incite à répéter sagement ce qu’on doit, pour ‘réussir’, ingurgiter. Certes, une ‘bonne’ digestion est nécessaire… 
 

Si l'on s'attache à ce qui concerne l’adaptation -économique, sociale certainement, et aussi très symbolique-  à notre société, force est de reconnaître, c’est une évidence, que c’est alors l’ Ecole de Commerce  qu’il faut choisir, car elle en constitue le modèle. C’est une grande entreprise qui correspond à la réalité. La fac de philosophie, elle, en constitue une des marges.

 

Mais la véritable réponse, me semble-t-il,  n’est pas là. Car bien entendue la question n’est pas de savoir pour quelle ou quelle institution opter. La ‘solution’ ne réside pas dans les institutions, quelles qu’elles soient. C’est au fondement -dans sa chair, son sang, en son cœur- de l’individu que se pose l’accès à l’Etre, que l’ouverture véritable au monde devient possible. C’est là qu’habite l’essentiel. Qui veille sur nous et nous nourrit. 
Ce n’est certainement pas le choix (plus ou moins adéquatement senti- ou consenti) de tel ou tel étant, de telle ou telle (im)posture qui va suffire à nous satisfaire.  On peut être plus libre en prison que dans un vaste désert. La liberté véritable ne dépend pas, en premier lieu, de telles ou telles contingences extérieures.  Avant toute chose il s’agit de se tenir, de se laisser être dans son être, dans la clairière de la vérité, vérité de son propre être et de son propre devenir.

Tout simplement, les lieux de vie, les lieux d’enthousiasme, de pensée, de réalisation et d’épanouissement,  ne se retrouvent pas dans les gros traits et les étiquettes, mais, et cela de plus en plus souvent, dans les interstices. Entre, et par delà, les gros ‘concepts’ creux, insipides et inodores, qui sont morts, sans substance réelle et sans vie. Les véritables concepts, en effet, doivent dégager, à nos yeux, une odeur, et une consistance.
Prendre corps.

 

Une bonne Ecole aide à penser en homme d’action, et à agir en homme de pensée.

 

 

L’intensification du sentiment de puissance est le lieu de la vérité.Qui plus est, cette intensification, bien souvent (mais pas toujours!..), en signe l'accès.  En réalité, ni le cadre formellement contraignant ni les structures-schèmes  transmises, -tous fécondes, pourtant (et du coup nécessaires)-, ne sont en eux-mêmes les catalyseurs de ce donné, impression d'accomplissement---extériorisation de l'intériorité? Ou à l'inverse intérieurisation d'une extériorité, sinon de l'extériorité? ...

 

La vie se joue dans les interstices. Désormais, la lecture s’accomplit  entre les lignes.

 

par OdV publié dans : Cheminement-fragments.
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